vendredi 7 mars 2008

Visite au Zoo de Vincennes

En allant au Zoo de Vincennes, je m’attendais à voir des lions, des ours polaires, des éléphants, des hippopotames, je sais pas… des animaux amusants. Mais le zoo n’est plus ce qu’il était.

En effet, l’endroit a quelque chose de glauque. Plusieurs enclos sont vides. Il y a peu de visiteurs. De grandes affiches annoncent le projet d’échange avec Madagascar de 2001 devant des cages sans vie. Les immenses rochers de béton, construits dans les années trente, sont aujourd’hui pleins de trous. Tellement que les responsables du zoo ont dû se débarrasser des fauves (parce qu’ils pouvaient s’enfuir par les trous des rochers et semer la terreur dans les rangs des sorties scolaires, j’imagine).

Résultat : il ne reste plus qu’un tas de ruminants qui broutent toute la journée : caribou, buffle, antilope, oryx... Tous pareils! Ennuyants... Sinon, les babouins se battent, crient et baisent pour faire rire les enfants (« Papa, il joue le babouin?
— Oui, c’est ça, il joue à faire des va et viens dans son... »)

Il y a aussi des hippopotames nains (qui dormaient), des loups (que je suspecte être des chiens déguisés) et des phoques (qui faisaient du surplace en attendant d’être nourris).

Et puis, il y a les girafes. Quand on y est allé, elles étaient encore dans leur bocal parce qu’il faisait trop froid (elles sont sorties plus tard). Alors, on est entré, Mélanie a dit : « Oua! C’est grand une girafe!
— Aaattcchoumm… »

Et mes yeux se sont mis à couler. Et mon nez s’est mis à moucher. Merde, je pensais pas qu’on pouvait être allergique à la girafe.

samedi 1 mars 2008

Orange et bribes

Je devais être sur Wikipédia en train de lire sur l’histoire de l’écrou ou de la guerre de Silésie. Sauf que Mélanie ne voyait pas la journée comme ça : « On s’emmerde.
– Ouais, mais qu’est-ce que tu veux qu’on fasse?
– Je sais pas…
– Aller au musée?
– Nan…
– Au cinéma?
– On y va déjà ce soir.
– Euh… au zoo de Vincennes?
– Trop tard…
– Qu’est-ce que tu veux faire sinon?
– Me faire teindre les cheveux en orange. »

On part donc à la recherche d’un salon de coiffure. On trouve un premier salon. Moyenne d’âge : 73 ans. Mauvaise idée pour du orange. Autre salon, trop cher. Alors, en remontant, on trouve un petit salon qui ne paie pas de mine. Mélanie hésite un peu, puis on entre.

Le propriétaire nous accueille. Il y a de la place. Mélanie s’installe et moi je lis le nouveau numéro de Liberté que Mathieu a ramené avec lui. Déjà, il y a quelque chose d’étrange dans ce salon, on s’y sent bien.

Daniel, le maître coiffeur, a un bon sourire, et la parole facile. Pendant que j’attends, il me parle de son frère qui vit à Montréal. Il me fait visiter, m’amène à l’arrière et m’ouvre la porte qui donne sur une jolie cour arrière. On m’offre du café pendant que Mélanie se fait badigeonner les cheveux.

À côté, la coiffeuse parle avec sa cliente nerveuse à qui elle fait des reflets rouges pour la première fois :
« Je me demande bien qu’est-ce qu’il faut faire pour les garder, les hommes. »

Et tout le monde cause, donne son opinion.

Puis, un peu plus tard, un gros homme entre, il doit avoir dans la cinquantaine. Daniel l’accueille, il l’installe. « Ah! Il faut que t’entendes ma dernière.
– Je savais que je ne pourrais pas m’en tirer sans ma blague juive. »

Il s’avance : « D’accord, c’est un Hassidim qui veut louer un appartement. Il a les boudins et tout et il arrive devant la propriétaire, mais elle lui répond qu’elle ne peut pas louer à quelqu’un qui n’est pas chrétien. Le Juif répond : “Mais c’est la même chose. Posez une question n’importe laquelle, vous verrez.
– Qui est le père de Jésus?
– Joseph.
– Sa mère?
– Marie.
– Et il est né où, Jésus?”
Là, le Juif attend un peu.

“Dans une étable, à cause de gens comme vous qui ne veulent pas louer à des Juifs.” »

Dans le salon, tout le monde écoute, rit un peu. Et Daniel retourne à son client et lui demande comment il veut ses cheveux.

« Coupe-moi les assez longs une dernière fois avant de me les raser pour de bon. »

Et leur conversation dérive sur les problèmes de sommeil de Daniel : « Je peux pas dormir sans musique, c’est impossible. Je crois que c’est parce que, quand j’étais enfant, au Maroc, il y’avait toujours des tas de gens dans la maison qui parlaient tard. »

Et puis, Mélanie finit d’être décolorée. Tout le monde aime le orange comme ça, mais il faut encore la teindre. Le gros homme se tourne vers moi et me dit :

« Oh… tu risques de te la faire piquer. Moi, je dis jamais à ma femme comment je voudrais qu’elle se coiffe, parce que j’aurais trop peur qu’on me la siffle après. Fais attention. »
Et puis la conversation dérive sur la jalousie. Daniel parle de son frère qui a inscrit sa fille à des cours de piano à Montréal. Il arrive au cours de sa fille, voit la prof. Elle est superbement belle. Donc, il s'inscrit et prend des cours. Sa femme lui demande comment elle est, la prof, il lui répond : « bof, grande ». Et puis, un jour, il arrive au cours et sa prof lui annonce qu’il n’y aura pas de cours la semaine prochaine parce qu’elle se marie. Et, lui, il répond : « Pouvez-vous m’apprendre la Marche Funèbre? »

Finalement, un autre jour, elle lui demande pour des soins dentaires (il est dentiste ou orthodontiste) et vient à son cabinet. Sauf que, quand sa femme (qui est aussi son assistante) voit finalement la jolie prof en question, elle lui interdit à jamais de prendre des cours.

Puis, la dame aux mèches de tout à l’heure, qui vient se faire laver les cheveux, ajoute :

« Une de mes amies, elle a rencontré un homme sur le chatche. Deux ans que ça a duré. Et puis, un jour, pour voir, elle a fait chatcher une de ses amies avec le type. Elle chatche comme ça et, lui, il la drague. Sauf qu’il ne savait pas que l’autre était en arrière et il donne un rendez-vous à son amie. Alors, elle est allée l’attendre comme ça et lui a dit ce qu’elle pensait, qu’il était un beau salop et tout. Maintenant, elle fait attention. »

La teinture de Mélanie prend du temps, il faut en ajouter, relaver. Déjà, le gros homme part et salue Daniel en blaguant un peu triste : « Alors, on se revoit à l’hôpital… » La dame aux mèches est déjà partie et le maître coiffeur me montre les photos de ses coiffeuses quand elles étaient jeunes, il parle de sa femme et d’autres choses.

On a dû rester quatre heures, le temps que Mélanie ressorte fière de son explosion de cheveux orange, mais je ne m’étais jamais autant amusé à attendre. Y’a de ces oasis de gens.