Le lendemain d’une soirée au Piano-Vache avec Étienne, entre un Paris marin et un baril de crème glacée à Montréal, j’ai eu l’impression que ma vie était en danger. Levée d’un bond, c’est Mélanie qui crie « Les meubles! ». À peine le temps d’enfiler un t-shirt et des souliers, je descends en courant (l’interphone fonctionne mal) et je tombe sur le livreur qui me regarde comme si je sortais d’outre-tombe (je dois avoir l’air). « Les meubles.
— C’est au deuxième
— On m’a dit au premier.
— Ouais, je sais, c’était une erreur, on est au deuxième.
— Il est écrit au premier sur ma feuille.
— C’était une erreur.
— etc. »
Il finit quand même par me traîner les boîtes IKÉA en râlant jusqu’au deuxième où Mélanie se lève tant bien que mal. Ça y’est, on a des meubles.
Après deux mois sans tables ni chaises, à bouffer par terre et à se demander quand la livraison viendrait, autant dire que c’est jour de fête.
Ça a commencé par un abonnement à Free (un fournisseur d’accès internet et de téléphonie) et puis ça n’a jamais abouti. Plus d’un mois déjà qu’on s’était inscrit et pas de nouvelles, pas de téléphone ni d’internet, rien.Et, entre-temps, IKÉA, le livreur qui ne peut pas nous joindre et qui nous laisse un numéro où on ne répond pas : pas de Free, pas de meubles. Il a donc fallu régler ça par fax, façon 1993.
Les choses semblent donc se régler un peu. La semaine prochaine, nous aurons le téléphone (après un peu moins de deux mois), nous avons notre carte Imagine R (métro-bus) et nous sommes (presque) inscrits à nos cours.
Reste que je n’ai pas encore ma carte de séjour, mais c’est une autre histoire. Tout part d’un certificat de naissance…
La première fois que nous sommes allés à la Cité Universitaire (à l’autre bout de la ville) pour faire notre carte de citoyenneté, il me manquait le certificat de naissance (c’était écrit nulle part dans nos papiers ou je ne l’ai jamais vu, peu importe). « Oui, mais c’est écrit que je dois faire ma carte dans les 8 jours. Je l’ai pas, le certificat. Qu’est-ce que je fais?
— C’est pas grave, les huit jours c’est pour que les gens ne le fassent pas à la dernière minute. »
Pas trop con, je le fais envoyer à Paris par mes parents et je retourne à la Cité U. Là, c’est la file d’attente monstre. Un après-midi complet à attendre pour se faire dire : « Il est 16 h 30, on ferme.
— Allez chier!
— Non, mais on peut vérifier vos papiers. Passeport? Visa? Certificat de scolarité? Certificat de naissance? … C’est pas le bon.
— Comment pas le bon? N’ai pas d’autre.
— C’est pas le bon, ça vous prend le grand format.
— ‘chier»
— Allez au consulat.»
Trouve le numéro du consulat appelle au consulat… Fermé : « Bienvenue aux sewvices consulaiwes canadians veuillez consulter notwe site web ». Écris un courriel «Veux mon certificat de naissance ». Réponse : « Pour obtenir les documents que vous exigez, présentez-vous aux services consulaires canadiens avant 11h30 du lundi au vendredi muni des pièces d’identités suivantes :
— Votre passeport
— Votre certificat de naissance (le grand, nananère). »
‘chier ! Finalement, je rappelle avant 11 h 30 lundi : je dois faire venir le certificat de naissance du Québec et courir faire ma carte de séjour sinon ils lâchent Sarkozy à mes trousses dans les rues de Paris.
Au moins, j’ai des meubles.

