mercredi 31 octobre 2007

Des Meubles !

Ça a commencé par un bruit monstrueux. Nous étions encore en train de dormir, je me promenais tranquillement près du port en haute mer de Paris (à côté du cimetière de Montmartre), j’étais en train de traverser la passerelle en métal — où il y avait une anguille morte et d’où on voyait passer d’immenses pétroliers — quand Kevin Costner s’est jeté à l’eau, et puis il y a eu le bruit. Je ne vous en ai jamais parlé, mais la sonnette de l’immeuble fait un bruit terrible, un grincement.
Le lendemain d’une soirée au Piano-Vache avec Étienne, entre un Paris marin et un baril de crème glacée à Montréal, j’ai eu l’impression que ma vie était en danger. Levée d’un bond, c’est Mélanie qui crie « Les meubles! ». À peine le temps d’enfiler un t-shirt et des souliers, je descends en courant (l’interphone fonctionne mal) et je tombe sur le livreur qui me regarde comme si je sortais d’outre-tombe (je dois avoir l’air). « Les meubles.
— C’est au deuxième
— On m’a dit au premier.
— Ouais, je sais, c’était une erreur, on est au deuxième.
— Il est écrit au premier sur ma feuille.
— C’était une erreur.
— etc. »
Il finit quand même par me traîner les boîtes IKÉA en râlant jusqu’au deuxième où Mélanie se lève tant bien que mal. Ça y’est, on a des meubles.
Après deux mois sans tables ni chaises, à bouffer par terre et à se demander quand la livraison viendrait, autant dire que c’est jour de fête.

Ça a commencé par un abonnement à Free (un fournisseur d’accès internet et de téléphonie) et puis ça n’a jamais abouti. Plus d’un mois déjà qu’on s’était inscrit et pas de nouvelles, pas de téléphone ni d’internet, rien.
Et, entre-temps, IKÉA, le livreur qui ne peut pas nous joindre et qui nous laisse un numéro où on ne répond pas : pas de Free, pas de meubles. Il a donc fallu régler ça par fax, façon 1993.
Les choses semblent donc se régler un peu. La semaine prochaine, nous aurons le téléphone (après un peu moins de deux mois), nous avons notre carte Imagine R (métro-bus) et nous sommes (presque) inscrits à nos cours.
Reste que je n’ai pas encore ma carte de séjour, mais c’est une autre histoire. Tout part d’un certificat de naissance…

La première fois que nous sommes allés à la Cité Universitaire (à l’autre bout de la ville) pour faire notre carte de citoyenneté, il me manquait le certificat de naissance (c’était écrit nulle part dans nos papiers ou je ne l’ai jamais vu, peu importe). « Oui, mais c’est écrit que je dois faire ma carte dans les 8 jours. Je l’ai pas, le certificat. Qu’est-ce que je fais?
— C’est pas grave, les huit jours c’est pour que les gens ne le fassent pas à la dernière minute. »
Pas trop con, je le fais envoyer à Paris par mes parents et je retourne à la Cité U. Là, c’est la file d’attente monstre. Un après-midi complet à attendre pour se faire dire : « Il est 16 h 30, on ferme.
— Allez chier!
— Non, mais on peut vérifier vos papiers. Passeport? Visa? Certificat de scolarité? Certificat de naissance? … C’est pas le bon.
— Comment pas le bon? N’ai pas d’autre.
— C’est pas le bon, ça vous prend le grand format.
— ‘chier»
— Allez au consulat.»
Trouve le numéro du consulat appelle au consulat… Fermé : « Bienvenue aux sewvices consulaiwes canadians veuillez consulter notwe site web ». Écris un courriel «Veux mon certificat de naissance ». Réponse : « Pour obtenir les documents que vous exigez, présentez-vous aux services consulaires canadiens avant 11h30 du lundi au vendredi muni des pièces d’identités suivantes :
— Votre passeport
— Votre certificat de naissance (le grand, nananère). »

‘chier ! Finalement, je rappelle avant 11 h 30 lundi : je dois faire venir le certificat de naissance du Québec et courir faire ma carte de séjour sinon ils lâchent Sarkozy à mes trousses dans les rues de Paris.
Au moins, j’ai des meubles.

Ponto le petit caniche et les jardins du Luxembourg

(Texte paru dans Le Pied - édition du 29 octobre)

Entre la Sorbonne et les Jardins du Luxembourg, il n’y a qu’un pas. Quand le soleil d’automne réchauffe les allées bordées de marronniers aux feuilles jaune ocre, l’envie de laisser tomber un cours sur Blake vient d’elle-même. On franchit le pas, et on se promène entre les joueurs d’échecs ou de pétanque, on va regarder les petits bateaux à voiles dans la fontaine et on sent les feuilles mortes, la poussière et l’étrange odeur mi-boisée mi-terreuse des jardins français.

Déjà deux semaines que les cours ont commencé et je ne sais pas trop quoi en penser. Je suis toujours en admiration devant les boiseries et les toiles gigantesques des amphithéâtres, mais le contenu n’est malheureusement pas toujours à la hauteur de la décoration.

On m’avait prévenu avant de partir : « la Sorbonne est un ramassis de vieux chnoques », et c’est en partie vrai. Reste que ça garde quelque chose d’amusant. Je me sens parfois comme un archéologue à écouter s’écouter parler des vieux machins qui n’ont jamais digéré la nouvelle critique, même après des décennies.

Ça a commencé dans un cours de littératures européennes. Il était question d’un recueil de Jean Paul (un romantique allemand). En dressant une biographie détaillée de l’auteur, la prof se met soudainement à parler de Ponto, le petit caniche blanc de Jean Paul, et, à ce moment, j’ai eu comme l’impression que je n’en avais rien à foutre du caniche de Jean Paul, mais rien du tout, et je me suis promis d’en parler un jour dans une dissertation.

Plus tard, l’un d’entre eux, qui ressemble à un maître d’école d’une pièce de Pagnol, lunettes rondes et cravate d’outre-tombe, nous entretient pendant une heure de la vie de Baudelaire et déclare sérieusement : « De son voyage, Baudelaire a retenu trois choses. » Trois choses… Pas quatre ni deux, « trois choses ». Je me suis arrêté un instant pour me dire qu’en revenant à Montréal j’aurai peut-être retenu précisément trois choses de mon séjour à Paris, pas une de plus, pas une de moins. Des choses, catégoriques, rien de vague ou de flou… Ça explique tout.

Et puis, il y a cet autre, le zolien qui, en nous parlant de Zola, se met à délirer sur les dates de naissance des auteurs. Selon lui, il y aurait des générations d’auteurs, ceux nés autour de 1780, de 1800, de 1820, etc. Les artistes d’une génération entretiendraient entre eux des liens étroits et ceux de deux générations différentes des liens se rapprochant du rapport père-fils. Quant aux autres, nés dans les trous de la théorie (c’est-à-dire autour de 1790, 1810, 1830…), ils entretiendraient des liens plus près de celui de grand-frère-petit-frère avec les auteurs des générations dites non intermédiaires. L’autre nous dit ça en s’essuyant la bave du coin des lèvres, fier comme l’inventeur de la charrue à soc de fer. Je connais quelqu’un qui a bien fait de ne pas aller en science, même s’il avait voulu. La seule chose que je regrette c’est que ça soit les lettres qui en héritent… Et encore, il doit avoir des amis.

Évidemment, tous les cours ne sont pas aussi drôles, il y en a même d’excellents. N’empêche que Paris a souvent plus à offrir que les aventures de Ponto et que les après-midis se perdent facilement à lire de l’autre côté du Boulevard St-Michel.

Disparition de Svlobodan

J'ai été étonné récemment de ne plus voir Svlobodan devant le Picard : produits surgelés. D'autant plus qu'il n'en bougeait jamais. Je ne sais pas ce qui lui est arrivé. Un matin, il ne restait plus rien de ses sacs et de lui qu'un tas de bouteilles cassées jetées à la rue et qu'un rond de saleté en face de la vitrine.

jeudi 18 octobre 2007

Pris au Centre de Paris

Grève de la RATP aujourd'hui ! La Butte ne nous a jamais semblé aussi loin à Mélanie et à moi. Nous n'avons pas réussi à entrer dans le métro que nous avons attendu près de 45 minutes. Il y a eu une bousculade pour entrer dans les wagons déjà remplis. La ville est un immense bouchon de circulation. Même le CROUS était fermé mais, pour d'obscures raisons, les cours continuent à se donner.

Donc, nous sommes pris dans le Ve à se demander comment nous allons rentrer à la maison et comment nous allons réussir à aller à nos cours demain (parce que la grève a été reconduite). Évidemment, nous pourrions retourner à pied, mais vu l'heure qu'il est, ça promet d'être une aventure.

jeudi 11 octobre 2007

La Fièvre du Rugby

Samedi dernier, j’étais à la Bastille avec la petite Dalia Younsi et Mélanie pour célébrer l’anniversaire de cette dernière. Le projet était assez simple : resto et après… Nuit blanche ! En effet, il y avait à Paris ce soir-là une nuit dédiée à l’art contemporain de rue. Avec, en prime pour moi, un joli rhume bien fiévreux pour bien passer la soirée (je l’ai laissé à Mélanie depuis).

À peine sortis du restaurant, nous arrivons devant une œuvre nommée Plein Museum (Musée de Square, si vous voulez) : une espèce de maison-roulotte en toile assez moche avec de la musique techno, de la lumière et des ivrognes qui font des ombres en riant. Rien à signaler, on se déplace.

Mais il se passe quelque chose d’étrange. Tranquillement, la Place de la Bastille se remplit d’une foule qui sort des cafés. À les entendre crier, ils ne viennent pas voir le Plein Museum. Non, et on l’apprend assez vite : la France vient de gagner contre les All Blacks. Les quoi ? vous allez me demander.

Les All Blacks.

La plus redoutable équipe de rugby de l’univers connu et inconnu. Tellement effrayants qu’on les a surnommés «les deux meilleures équipes de l’univers connu et inconnu» (la sélection et les remplaçants). Tout droits venus de l’hémisphère austral pour casser des membres, ils chantent leur chant de guerre (le haka) avant d’entamer leurs adversaires. Des monstres.

Sauf que c’est la fête à Mélanie, le rugby est à des kilomètres de nos préoccupations et je ne sais rien de tout ça à ce moment-là (ou je fais l’imbécile pour vous amuser). En plus, je suis dans l’univers parallèle de la fièvre et je ne comprends pas grand chose à tous ces gens qui courent, Place de la Bastille, pour arrêter les voitures qui klaxonnent de bonheur. «Allez les bleus !» Les gars enlèvent leurs maillots, montent sur la colonne, s’aspergent de bière. La Nuit blanche vient de changer de cap.

Le rugby est une activité étrange, à mi-chemin entre sport et cérémonie. Contrairement à l’athlète surveillé qui doit retourner se coucher à 7 heures dans sa tente à oxygène pour s’entraîner le lendemain d’un match, on imagine aisément le rugbyman finissant la soirée à s’écraser des canettes de bières sur le crâne avant de se les vider dans le gosier en criant à la manière de Conan, une cuisse de vache à la main.

Certains joueurs sont vaguement gras, d’autres cultivent d’abondantes pilosités tandis qu’une partie d’entre eux retournent travailler comme dentiste après la Coupe du monde. Rien du sport professionnel qu’on connaît.

N’exagérons toutefois pas ses vertus, l’essentiel demeure tout de même de rompre les os de son adversaire pour aller déposer une pastèque derrière sa ligne. Ça n’a rien de tout à fait poétique, mais quand on pense aux irlandais qui en ont fait leur sport national alors qu’ils n’ont visiblement aucun talent, on ne peut s’empêcher d’y voir quelque chose d’épique, de chevaleresque… de beau ! Et voir la ville envahie d’ivrognes un soir de fièvre sur fond de musique techno et de maison-roulotte laide, ça donne des impressions de fin du monde.

vendredi 5 octobre 2007

Le Louvre

Je me suis récemment équipé de la carte Louvre jeunes qui permet l'accès gratuit au musée. Le projet est donc le suivant : réussir à visiter le Louvre en entier d'ici à la fin de mon séjour. Ça promet d'être difficile avec 35 000 oeuvres en exposition...