Mais il se passe quelque chose d’étrange. Tranquillement, la Place de la Bastille se remplit d’une foule qui sort des cafés. À les entendre crier, ils ne viennent pas voir le Plein Museum. Non, et on l’apprend assez vite : la France vient de gagner contre les All Blacks. Les quoi ? vous allez me demander.
Les All Blacks.
La plus redoutable équipe de rugby de l’univers connu et inconnu. Tellement effrayants qu’on les a surnommés «les deux meilleures équipes de l’univers connu et inconnu» (la sélection et les remplaçants). Tout droits venus de l’hémisphère austral pour casser des membres, ils chantent leur chant de guerre (le haka) avant d’entamer leurs adversaires. Des monstres.
Sauf que c’est la fête à Mélanie, le rugby est à des kilomètres de nos préoccupations et je ne sais rien de tout ça à ce moment-là (ou je fais l’imbécile pour vous amuser). En plus, je suis dans l’univers parallèle de la fièvre et je ne comprends pas grand chose à tous ces gens qui courent, Place de la Bastille, pour arrêter les voitures qui klaxonnent de bonheur. «Allez les bleus !» Les gars enlèvent leurs maillots, montent sur la colonne, s’aspergent de bière. La Nuit blanche vient de changer de cap.
Certains joueurs sont vaguement gras, d’autres cultivent d’abondantes pilosités tandis qu’une partie d’entre eux retournent travailler comme dentiste après la Coupe du monde. Rien du sport professionnel qu’on connaît.
N’exagérons toutefois pas ses vertus, l’essentiel demeure tout de même de rompre les os de son adversaire pour aller déposer une pastèque derrière sa ligne. Ça n’a rien de tout à fait poétique, mais quand on pense aux irlandais qui en ont fait leur sport national alors qu’ils n’ont visiblement aucun talent, on ne peut s’empêcher d’y voir quelque chose d’épique, de chevaleresque… de beau ! Et voir la ville envahie d’ivrognes un soir de fièvre sur fond de musique techno et de maison-roulotte laide, ça donne des impressions de fin du monde.

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