jeudi 11 octobre 2007

La Fièvre du Rugby

Samedi dernier, j’étais à la Bastille avec la petite Dalia Younsi et Mélanie pour célébrer l’anniversaire de cette dernière. Le projet était assez simple : resto et après… Nuit blanche ! En effet, il y avait à Paris ce soir-là une nuit dédiée à l’art contemporain de rue. Avec, en prime pour moi, un joli rhume bien fiévreux pour bien passer la soirée (je l’ai laissé à Mélanie depuis).

À peine sortis du restaurant, nous arrivons devant une œuvre nommée Plein Museum (Musée de Square, si vous voulez) : une espèce de maison-roulotte en toile assez moche avec de la musique techno, de la lumière et des ivrognes qui font des ombres en riant. Rien à signaler, on se déplace.

Mais il se passe quelque chose d’étrange. Tranquillement, la Place de la Bastille se remplit d’une foule qui sort des cafés. À les entendre crier, ils ne viennent pas voir le Plein Museum. Non, et on l’apprend assez vite : la France vient de gagner contre les All Blacks. Les quoi ? vous allez me demander.

Les All Blacks.

La plus redoutable équipe de rugby de l’univers connu et inconnu. Tellement effrayants qu’on les a surnommés «les deux meilleures équipes de l’univers connu et inconnu» (la sélection et les remplaçants). Tout droits venus de l’hémisphère austral pour casser des membres, ils chantent leur chant de guerre (le haka) avant d’entamer leurs adversaires. Des monstres.

Sauf que c’est la fête à Mélanie, le rugby est à des kilomètres de nos préoccupations et je ne sais rien de tout ça à ce moment-là (ou je fais l’imbécile pour vous amuser). En plus, je suis dans l’univers parallèle de la fièvre et je ne comprends pas grand chose à tous ces gens qui courent, Place de la Bastille, pour arrêter les voitures qui klaxonnent de bonheur. «Allez les bleus !» Les gars enlèvent leurs maillots, montent sur la colonne, s’aspergent de bière. La Nuit blanche vient de changer de cap.

Le rugby est une activité étrange, à mi-chemin entre sport et cérémonie. Contrairement à l’athlète surveillé qui doit retourner se coucher à 7 heures dans sa tente à oxygène pour s’entraîner le lendemain d’un match, on imagine aisément le rugbyman finissant la soirée à s’écraser des canettes de bières sur le crâne avant de se les vider dans le gosier en criant à la manière de Conan, une cuisse de vache à la main.

Certains joueurs sont vaguement gras, d’autres cultivent d’abondantes pilosités tandis qu’une partie d’entre eux retournent travailler comme dentiste après la Coupe du monde. Rien du sport professionnel qu’on connaît.

N’exagérons toutefois pas ses vertus, l’essentiel demeure tout de même de rompre les os de son adversaire pour aller déposer une pastèque derrière sa ligne. Ça n’a rien de tout à fait poétique, mais quand on pense aux irlandais qui en ont fait leur sport national alors qu’ils n’ont visiblement aucun talent, on ne peut s’empêcher d’y voir quelque chose d’épique, de chevaleresque… de beau ! Et voir la ville envahie d’ivrognes un soir de fièvre sur fond de musique techno et de maison-roulotte laide, ça donne des impressions de fin du monde.

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