mercredi 19 décembre 2007

Un peu de presse people entre deux examens


Tiens! Après avoir invité Kadhafi, Sarkozy se fait encore remarquer en dévoilant au grand jour sa relation avec Carla Bruni. Paraît-il qu'on aurait publié aujourd'hui des photos du président et de la chanteuse lors d'une sortie en famille à Disneyland. L'histoire ne dit pas s'il a dû monter sur un escabeau pour embrasser l'ex-mannequin.

samedi 15 décembre 2007

Le Panier


Les rues du vieux quartier populaire ont un charme incroyable. Autrefois le rendez-vous des petits criminels et des gredins de tous genres, le Panier est aujourd'hui plus tranquille. À deux pas du Vieux-Port, ses rues sont remplies d'enfants qui jouent au ballon sous les draps qui sèchent aux fenêtres des maisons colorées. Et quand le soleil daigne à pointer son nez dans les rues étroites, l'effet peut être impressionnant.

Tourisme trash : vacances à Champlan

« Quelque 2 500 personnes vivent à Champlan, réputé être le village le plus pollué d’Île-de-France. Située à 20 km de Paris et à quelques minutes en bus de la station RER de Massy-Palaiseau, la commune est soumise à une accumulation de nuisances impressionnante. Placée dans l’axe des pistes d’Orly, elle est constamment survolée par des avions. Le village voit également passer un demi-million de véhicules par jour. L’autoroute A10, l’A6, l’échangeur A10-A6, la nationale 20 et plusieurs départementales convergent sur son territoire.
Deux usines d’incinération des ordures ménagères et un centre de broyage de béton sont également situés aux frontières de Champlan. Ce n’est pas fini : un spectaculaire écheveau de lignes à très haute tension desservant en électricité le sud de Paris passe par ici. Il y a, enfin, le centre commercial Villebon-2, dont la soixantaine d’enseignes brille de mille feux vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les Champlanais ont rebaptisé l’endroit « Las Vegas ». « À cause de ça, il n’y a même plus de véritable nuit », souffle Christian Leclerc, président de l’Association de défense de Champlan. […]
De nouveaux projets d’infrastructures sont en cours, comme le doublement de la RD 591 et la construction d’une station d’épuration qui réceptionnerait les eaux usées de 180 000 habitants du secteur. »
- Le Monde édition du 15 décembre 2007

Wow, c’est presque pire que Centralia!

vendredi 14 décembre 2007

Aventures marseillaises – 2 – L’Homme des Calanques

L’idée est venue à Mélanie en parlant à Marc, un des veilleurs de nuit de l’auberge : « Vous pourriez aller vous promener dans les Calanques.
— Les quoi? »

Ça a pris quelques minutes et Nabil, le guide, nous expliquait la randonnée du lendemain matin. Nous n’étions pas équipés. Mélanie avait un manteau long, Dalia des chaussons de ballerine et moi un veston. Pour se faire fouetter par le mistral et marcher sur les cailloux, c’était plus ou moins l’équipement. Tant pis.

Le lendemain, à neuf heures, on part accompagnés de deux Allemandes Erasmus en échange à Barcelone, d’une Hongkongaise, du veilleur de nuit et d’un backpacker albertain, gentil amateur de drogues dures.
Et puis, je deviens celui qui devra faire passer les propos du guide et son accent pagnolien dans la langue de Shakespeare.
Nabil est né dans les cailloux des Calanques (prononcer « calan-n-queu » pour faire comme lui) et, à ce qu’il en dit, il veut y mourir. Fils de partout, Algérien et Arménien, c’est le vrai Marseillais pure laine qui fait sa fierté de n’avoir jamais mis les pieds à Paris et qui fait remonter sa légende jusqu’aux Ligures. « À Marseille, y’a nous et le reste du monde. On se mélange pas. »
Déjà l’autobus nous emmène au bout de la ligne où un minibus nous attend encore (Marseille a la particularité d’être une ville immense, un peu comme si St-Jérôme faisait partie de Montréal et serait desservie par les autobus de la STM).
Et puis, au tournant de la route qui mène aux Goudes, c’est la mer qui explose. Bleue, battue par le mistral qui a fini de balayer la brume du matin, elle est là qui claque contre le calcaire des rochers auxquels s’agrippent tant bien que mal les brins des garrigues vaguement vertes.
Nous traversons les villages jusqu’à Callelongue, petite calanque habitée d’où les bateaux de pêche partent prudemment sur la mare agitée.
Nabil nous conduit dans la montagne sur laquelle traînent encore les vestiges du Premier Empire et du Troisième Reich. Il nous parle des animaux et des plantes et je traduis en écho.
Des vertus du romarin aux morsures venimeuses des mille-pattes ou des couleuvres, il a tout essayé, tout vu, tout touché. Il nous raconte l’histoire étrange d’un ermite qui lui a appris les effets psychotropes de certaines plantes et les lieux des ruines d’anciens temples ligures.
Il parle des forces de la montagne et on se croirait dans un certain livre de Ramuz. Le personnage et l’immensité imposent le respect et personne n’ose vraiment rire par une crainte mystérieuse d’attirer les mauvais esprits qui hantent les calanques.

Une fois la peur New Age passée, nous nous retrouvons à Marseilleveyre pour manger des frites devant la Méditerranée. La calanque isolée, qui n’est desservie par aucune autre route que les cailloux et la mer, abrite quelques petits cabanons et un restaurant à la bonne franquette sur la terrasse duquel le promeneur enclin à la farniente peut boire un certain anisé local au rythme des vagues.
Pour nous, la marche continue jusqu’à un endroit où les vagues viennent s’abattre sur les rochers et propulser leurs embruns dans l’air. La marche est facile, même s’il faut grimper par endroits. Les garrigues sont presque vertes en ce temps de l’année en comparaison de l’été où la température peut monter jusqu’à 55 degrés pour en faire l’endroit le plus sec de France.
Le regard se porte vers le large. Il faut évacuer trois mois de Paris et de ses 20 000 habitants au kilomètre carré.
Au retour, Nabil nous fait arrêter devant un endroit appelé le passage du Paradis. Selon lui, l’endroit aurait été utilisé par les druides dans les cérémonies funéraires. En suivant un protocole particulier : ne pas se toucher, ne pas rire, ne pas parler, que personne ne passe le passage en même temps afin d’évider de s’attirer les foudres des mauvais esprits, il est possible de faire un vœu en le traversant. Plus ou moins un vœu, en fait, plus une réflexion ou une réponse… vous comprenez.
Je traduis. Tout le monde s’installe en ligne pour traverser. Le moment est tendu, silencieux. Les gens se recueillent. Nous traversons d’un même pas le passage en espérant voir un signe. Le signe, c’est Mélanie qui le voit. Ou plutôt son front qui rencontre violemment une branche de pin. Elle a mal, mais continue sans broncher (malgré le rire qui monte) pour ne pas déchaîner les forces de la nature.
À la sortie, tout le monde est silencieux. Nabil demande à Mélanie : « As-tu senti quelque chose ?
- … oui. »

jeudi 13 décembre 2007

Aventures marseillaises - 1 - La Mer

Dans ma tête de Nord-Américain, prendre le train a toujours été quelque chose de spécial. Ça va vite, c’est confortable, il y a une voiture-restaurant. Voiture-restaurant : Le mot a une résonance étrange, filmique. « Je te rejoins à la voiture-restaurant » : la phrase sonne merveilleusement bien. Elle est d’un autre monde, du Far West ou je ne sais pas…
Bon, on déchante évidemment en voyant les prix ou un groupe d’Allemands en train de se soûler à la Kronenbourg, mais j’adore. Et puis, quand c’est la Provence qui déroule à 300 km/h de l’autre côté de la fenêtre, c’est encore mieux.
Après, c’est l’arrivée à Marseille, retrouver la petite Dalia Younsi et prendre le métro jusqu’à l’auberge.
Premier constat : le métro de Marseille n’a que deux lignes. Dur de se perdre.
Deuxième constat : ils ont engagé un designer daltonien pour le choix des couleurs à l’intérieur (jaune, brun, orange).
Troisième constat : les gens sont laids. Merveilleusement laids. Pas qu’ils ne soient spécialement tarés au point de vue de la génétique, non, certainement pas, mais, contrairement à Paris, les gens ont davantage l’air d’être sortis du catalogue de l’Aubainerie que du dernier défilé de chez Dior. Celui-là a une grosse moustache, l’autre est intégralement vêtu aux couleurs de l’OM (saumon et bleu poudre), lui s’est tartiné les cheveux de gel au point de ressembler à un des danseurs de Gerardo.
Au début, après trois mois passés à Paris, la différence frappe. Et puis, tranquillement, on sent l’ambiance décontractée qui prend le pas. C’est Marseille, pas Paris.

L’auberge Bonneveine a l’air d’une petite polyvalente comme presque toutes les auberges de jeunesse. Il n’y a pas de lunettes sur les toilettes des hommes, tous les plats du poisson au poulet goûtent la même chose et le déjeuner inclus n’inclue pas grand-chose sauf du pain, des confitures trop sucrées et du mauvais café, mais il y règne (généralement) une ambiance de fête.
L’ennui c’est qu’à l’arrivée l’auberge est vide, comme celle dans Shining. Nous sommes seuls dans nos dortoirs, le mistral souffle et Jack Nicholson lance sa baballe contre les murs.

Peu importe, on dépose les sacs (enfin) direction la mer que Mélanie n’a jamais vue. Quelques pas plus bas et c’est le mistral qui nous accueille. Au bout d’une rue transversale, les vagues de la Méditerranée viennent se briser sur la plage du Prado.
Reste plus qu’à descendre, qu’à sentir le vent qui nous décoiffe et qu’à regarder les vagues, attendre les plus grosses et reculer pour ne pas se faire mouiller les pieds. La mer, on pourrait la regarder des heures.

vendredi 7 décembre 2007

Papiers!


Enfin! Après avoir couru le risque pendant quelques jours d'être jeté en prison jusqu'au prochain avion d'Air Sarko pour Montréal, j'ai le récépissé de ma carte de séjour (c'est tout comme si j'avais la carte).

Prochaine étape : Marseille.

Des nouvelles dans quelques jours.

jeudi 6 décembre 2007

Le monde vu par un CRS

Ce matin, des étudiants bloquent encore l'entrée de la Sorbonne. En bon touriste, je suis allé voir l'attroupement. Des gens grognent de ne pas pouvoir entrer, d'autres approuvent, certains essayent de forcer le barrage. Le ton monte, redescend... ça peut durer toute la journée. Et puis, une bousculade... les grévistes tiennent bon. Ça recommence à grogner tranquillement.

Une centaine de mètres plus loin, les CRS mangent leur sandwich. « Vous faites rien pour empêcher les bousculades ? Quelqu'un pourrait se faire mal, comme à Tolbiac...
- On aimerait bien, mais on n'a pas reçu d'ordres », qu'un grand sec me répond.

Un autre me prend à part et me dit avec un air de dur : « Tu sais ce que tu dois vraiment faire? Leur exploser la gueule à ces grévistes, c'est ça qu'il faut faire. »

Bonne idée champion!

mardi 4 décembre 2007

Une journée dans la peau d'un communiste* français

Texte paru dans le Pied édition du 31 novembre

Ça a duré quelques minutes. Les cris de la foule montaient des escaliers. Mon cours venait d’être annulé à cause de la grève des transports. Je suis allé voir. Une vingtaine d’étudiants tentaient de tenir le premier étage. Des agents de la Sorbonne et d’une agence de sécurité privée sont arrivés pour déloger les manifestants. Les coups ont fusé d’un côté comme de l’autre. Dans la bousculade, une fille est presque passée par-dessus la balustrade. Les policiers sont arrivés, ils ont attrapé un gars au hasard et l’ont traîné jusqu’en bas.
Pendant ce temps, je me tenais dans l’escalier, un étage plus haut, et je prenais des photos. Quand tout le monde s’est dispersé, je suis descendu et j’ai fini par croiser une fille qui m’a demandé ce qui s’était passé. Je lui montre les photos. Elle me dit qu’elle travaille pour un journal communiste et qu’elle voudrait peut-être les photos.
Elle m’emmène dans la cour d’honneur où d’autres étudiants sont groupés. Elle parle des photos à une fille des JCR (Jeunesses Communistes Révolutionnaires). Après, un autre arrive, blond maigre avec un air grave et un keffieh rouge, entend parler des photos. « Camarade, c’est peut-être important » qu’il me dit. Il prend l’appareil et les regarde avec la tête de celui qui sait ce qu’il fait. Il me le redonne nonchalamment : « Rien d’incriminant. »
De toute façon, plus personne ne s’occupe bientôt plus du Québécois. Alors, je les suis jusqu’à l’amphithéâtre Richelieu qu’ils prennent pour faire une réunion de leur comité de mobilisation. Je fais des photos, je prends des notes.
Il est question de répression policière, d’état fasciste, de mobilisation et de légitimité. Ça discute fort de changer le monde.

Mouvement étudiant?

Le mouvement étudiant, en France, est absolument étrange. D’abord, pratiquement personne n’est syndiqué (autour d’un pour cent). Résultat : de petits groupes s’autoproclament chefs du mouvement et organisent des assemblées générales bancales où les opposants à la grève se font huer par la foule (sélecte) en délire.
En plus, une coutume étrange chez ces militants veut que le vote secret soit antidémocratique. En l’absence de procédures, un opposant finit toujours par le réclamer, il est hué par la foule, on vote à main levée sur la tenue d’un vote secret (!) et il est évidemment battu à plates coutures.

Démocratie approximative

De son côté, l’Administration fait évacuer les grévistes par les CRS (antiémeutes), ne fournit pas de locaux pour les assemblées, empêche les étudiants d’entrer et va jusqu’à couper le micro. Il n’y a qu’un mot d’ordre : « La Sorbonne ne doit pas tomber ».
En fait, ce que les étudiants demandent (si on exclut la démission de Sarkozy, le retour aux 37,5, le maintient des régimes spéciaux des cheminots, l’abolition de l’amendement sur les tests ADN et le printemps pour toujours) c’est l’abrogation de la loi Pécresse.
Cette loi permet l’autonomie des universités et ouvre la porte aux financements privés, comme c’est déjà le cas au Québec. En fait, les étudiants français ont peur que cette loi ne soit une porte ouverte à la privatisation des universités et à l’inégalité des diplômes.
Il est toutefois étrange de voir la gauche française se démener afin de conserver intact le cadavre de l’éducation républicaine. En effet, les facultés françaises sont dans un état lamentable autant au point de vue de l’enseignement que de l’équipement ou de l’immobilier (à la Sorbonne : pas de chauffage, peinture qui écaille, amphithéâtres bondés, plafond qui coule, pas de canons, quinze ordinateurs, une administration et un enseignement vétustes…). On ne peut donc pas reprocher à Sarkozy de vouloir y apporter un changement.
L’ennui c’est que, derrière la relative modération de la loi Pécresse, se cache le mépris de la droite pour les formations non techniques comme l’histoire, la littérature ou la philosophie. Le changement ne se fera donc qu’au détriment de ces parcours moins rentables qui continueront à pourrir avec ce qui reste des facultés françaises.
Toutefois, en l’absence de légitimité et de cohérence, le mouvement étudiant français n’arrivera qu’à laisser paraître son mécontentement sans jamais proposer de solutions concrètes.

Après l'écriture de cet article, les assemblées générales à la Sorbonne ont commencé à diminuer en popularité. Le nombre de gréviste diminuant sans cesse, le mouvement semble s'éteindre tranquillement (une journée de grève a été votée pour jeudi par une AG peu nombreuse). La loi Pécresse tient toujours et les CRS sont encore stationnés devant la Sorbonne.

*trotskiste...