Ça a duré quelques minutes. Les cris de la foule montaient des escaliers. Mon cours venait d’être annulé à cause de la grève des transports. Je suis allé voir. Une vingtaine d’étudiants tentaient de tenir le premier étage. Des agents de la Sorbonne et d’une agence de sécurité privée sont arrivés pour déloger les manifestants. Les coups ont fusé d’un côté comme de l’autre. Dans la bousculade, une fille est presque passée par-dessus la balustrade. Les policiers sont arrivés, ils ont attrapé un gars au hasard et l’ont traîné jusqu’en bas.
Pendant ce temps, je me tenais dans l’escalier, un étage plus haut, et je prenais des photos. Quand tout le monde s’est dispersé, je suis descendu et j’ai fini par croiser une fille qui m’a demandé ce qui s’était passé. Je lui montre les photos. Elle me dit qu’elle travaille pour un journal communiste et qu’elle voudrait peut-être les photos.
De toute façon, plus personne ne s’occupe bientôt plus du Québécois. Alors, je les suis jusqu’à l’amphithéâtre Richelieu qu’ils prennent pour faire une réunion de leur comité de mobilisation. Je fais des photos, je prends des notes.
Il est question de répression policière, d’état fasciste, de mobilisation et de légitimité. Ça discute fort de changer le monde.
Mouvement étudiant?
Le mouvement étudiant, en France, est absolument étrange. D’abord, pratiquement personne n’est syndiqué (autour d’un pour cent). Résultat : de petits groupes s’autoproclament chefs du mouvement et organisent des assemblées générales bancales où les opposants à la grève se font huer par la foule (sélecte) en délire.
En plus, une coutume étrange chez ces militants veut que le vote secret soit antidémocratique. En l’absence de procédures, un opposant finit toujours par le réclamer, il est hué par la foule, on vote à main levée sur la tenue d’un vote secret (!) et il est évidemment battu à plates coutures.
Démocratie approximative
De son côté, l’Administration fait évacuer les grévistes par les CRS (antiémeutes), ne fournit pas de locaux pour les assemblées, empêche les étudiants d’entrer et va jusqu’à couper le micro. Il n’y a qu’un mot d’ordre : « La Sorbonne ne doit pas tomber ».
En fait, ce que les étudiants demandent (si on exclut la démission de Sarkozy, le retour aux 37,5, le maintient des régimes spéciaux des cheminots, l’abolition de l’amendement sur les tests ADN et le printemps pour toujours) c’est l’abrogation de la loi Pécresse.
Il est toutefois étrange de voir la gauche française se démener afin de conserver intact le cadavre de l’éducation républicaine. En effet, les facultés françaises sont dans un état lamentable autant au point de vue de l’enseignement que de l’équipement ou de l’immobilier (à la Sorbonne : pas de chauffage, peinture qui écaille, amphithéâtres bondés, plafond qui coule, pas de canons, quinze ordinateurs, une administration et un enseignement vétustes…). On ne peut donc pas reprocher à Sarkozy de vouloir y apporter un changement.
L’ennui c’est que, derrière la relative modération de la loi Pécresse, se cache le mépris de la droite pour les formations non techniques comme l’histoire, la littérature ou la philosophie. Le changement ne se fera donc qu’au détriment de ces parcours moins rentables qui continueront à pourrir avec ce qui reste des facultés françaises.
Toutefois, en l’absence de légitimité et de cohérence, le mouvement étudiant français n’arrivera qu’à laisser paraître son mécontentement sans jamais proposer de solutions concrètes.
Après l'écriture de cet article, les assemblées générales à la Sorbonne ont commencé à diminuer en popularité. Le nombre de gréviste diminuant sans cesse, le mouvement semble s'éteindre tranquillement (une journée de grève a été votée pour jeudi par une AG peu nombreuse). La loi Pécresse tient toujours et les CRS sont encore stationnés devant la Sorbonne.
*trotskiste...

4 commentaires:
vu de ce côté de la grande marre , les manifs et grèves en France semblent plus de l'ordre de la parade du père Noël ou d'un sport de voyeur comme UFC(combats ultimes) ce qui ajoute au romantisme des études au bord de la Seine, lorsqu'on y a laissé un peu d'hémoglobine !
On peut t'envoyer un bérèt du Che à l'étoile rouge camarade
Au fait tes photos de Paris sont extra surtout les noir et blanc.
viva Zapata
gerard
=)
"(à la Sorbonne : pas de chauffage, peinture qui écaille, amphithéâtres bondés, plafond qui coule, pas de canons, quinze ordinateurs, une administration et un enseignement vétustes…)"
Quoi, il y a des ordinateurs à la Sorbonne? J'y ai passé un an et je les ai jamais trouvés... (cette phrase peut s'appliquer à un certain nombre de locaux de classe que j'ai renoncé à dénicher après des heures de quête éperdue). Vive les études à l'étranger!
Ton blog est très divertissant, en passant. :)
Eh oui! Il y a bel et bien des ordinateurs, mais il faut les chercher et souvent faire la queue pendant un bout de temps avant d'y avoir accès.
Pour ce qui est du reste, je viens d'ailleurs de trouver la bibliothèque de mon UFR...
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