Bon d’accord, j’avais pas le fromage en crottes, ni les frites de bord de 132 (j’suis pas en Belgique, quand même). Certains diraient même que de l’Edam râpé sur une poutine ça tient du sacrilège. Mais faute de pain on mange… enfin, vous savez.
De sentir le fromage fondre délicatement sous l’effet de la chaleur du gravy, se répandre lentement sur les frites pour s’amalgamer à cet amas brun de saveur et de gras, j’avais presque envie de mettre une chemise à carreaux, d’aller couper des platanes et de les envoyer flotter sur la Seine pour draver jusqu’au Havre. Je serais allé faire de la raquette sur le Montmartre, chasser le carcajou aux Buttes Chaumont, entailler les marronniers des Tuileries, n’importe quoi parce que ça goûtait le Québec, le vrai, celui qui est un pays depuis 95 et où le but d’Alain Côté était bon.
De penser à ces vaches noires et blanches broutant les brins d’herbe battus par le vent du St-Laurent pour donner ce lait délicatement moulé en crotte, à ces patates plantées dans la terre rocheuse des Appalaches défrichée par les mains dures des colons rêveurs et aux Iroquois échangeant les jarres de sauce brune passées de portage en portage depuis les Grands Lacs et le ventre sauvage de l’Amérique contre des bouts de miroirs, je savais que la vérité était devant moi, et que cette vérité n’avait qu’un seul et unique nom : de la poutine!
