vendredi 22 février 2008

Dieu

Je ne sais pas si les prophètes ont reçu la parole divine dans une enveloppe brune mais, pour moi, c’est comme ça que c’est arrivé. Une enveloppe banale, a priori, avec des timbres canadiens. Sauf qu’à l’intérieur il y avait deux sachets de sauce brune…

Bon d’accord, j’avais pas le fromage en crottes, ni les frites de bord de 132 (j’suis pas en Belgique, quand même). Certains diraient même que de l’Edam râpé sur une poutine ça tient du sacrilège. Mais faute de pain on mange… enfin, vous savez.

De sentir le fromage fondre délicatement sous l’effet de la chaleur du gravy, se répandre lentement sur les frites pour s’amalgamer à cet amas brun de saveur et de gras, j’avais presque envie de mettre une chemise à carreaux, d’aller couper des platanes et de les envoyer flotter sur la Seine pour draver jusqu’au Havre. Je serais allé faire de la raquette sur le Montmartre, chasser le carcajou aux Buttes Chaumont, entailler les marronniers des Tuileries, n’importe quoi parce que ça goûtait le Québec, le vrai, celui qui est un pays depuis 95 et où le but d’Alain Côté était bon.

De penser à ces vaches noires et blanches broutant les brins d’herbe battus par le vent du St-Laurent pour donner ce lait délicatement moulé en crotte, à ces patates plantées dans la terre rocheuse des Appalaches défrichée par les mains dures des colons rêveurs et aux Iroquois échangeant les jarres de sauce brune passées de portage en portage depuis les Grands Lacs et le ventre sauvage de l’Amérique contre des bouts de miroirs, je savais que la vérité était devant moi, et que cette vérité n’avait qu’un seul et unique nom : de la poutine!

mercredi 20 février 2008

La Boqueria


N'importe quel Nord-Américain peut être impressionné par les produits disponibles à la Boqueria. Au fait, qu'est-ce qu'on cuisine avec une tête de porc ?

lundi 18 février 2008

Montjuic


La vue du Montjuic avait quelque chose d'étonnant avec le ciel de pluie qui laissait passer le soleil par moments.

Aventures barcelonaises - 2 - Du jus et du lapin

El Zumo

Je me suis plaint de l’auberge, mais le quartier était bien. À deux pas des Ramblas. À côté, il y avait un bar dont le comptoir donnait sur la rue. Les gens se tenaient debout sur le trottoir pour boire leur Estrella ou leur café en fumant des Marlboros.

Et puis y’avait le marché de la Boqueria. Le plus beau que j’aie jamais vu, je crois, avec des saucissons énormes qui pendaient des étalages des charcutiers, des fruits qui éclatant de couleur pour pas cher, des tas de poissons étranges, des lapins morts suspendus par les pattes, des têtes de mouton et surtout des jus de fruits. À la fin, la fille des jus de fruits nous connaissait. On a dû en boire vingt.

On a fini par changer d’auberge. Aller à Barcelona Mar, deux rues plus loin. Propre, amicale, eau froide et chambre surpeuplée : l’auberge parfaite.
Surtout qu’on pouvait encore aller chercher des jus au marché et aller regarder les animaux des marchands sur la Rambla.

El conejo

Ça a commencé par une expérience culinaire. Le comptoir en stainless et les vieux attablés au Pollo Rico faisaient ressembler le restaurant à un snack bar de St-Henri. On est entrés, plus ou moins sûrs de nous. Tout le monde parlait catalan. Les touristes étaient plus ou moins les bienvenus.

N’empêche que le poulet et les frites étaient excellents. Pour pas cher en plus. Alors, on s’est dit qu’on reviendrait manger quelque chose de plus typique.

Mauvaise idée.

On revient le soir. « Voy a tomar el bacalao.
— Comer.
— Perdón, comer…
— Y por la señora ?
— El conejo. »

Conejo. Co-ne-jo : trois syllabes (qui veulent dire lapin) et que Mélanie n’oubliera sans doute jamais. Parce qu’on lui en a servi, du lapin, pas de doute.

Ni salade, ni frites, ni patates, ni riz, ni purée, ni sauce : du lapin. Mort, le lapin. Avec ses yeux opaques et deux petites dents blanches. Avec la tête, s’il vous plaît. Jamais rien vu d’aussi mort. « Mon Dieu », que Mélanie a dit (ou quelque chose du genre).
Et puis, elle a commencé à manger. Pour ne pas trop faire touriste. Mais, à bout de supporter le regard inanimé de son repas, elle a fini par le tourner pour découvrir qu’il n’avait pas été vidé non plus. Cœur, foie, reins, un vrai cours d’anatomie… Du pur produit d’Espagne (z’avaient même laissé le collant « Producto de España »).

mardi 12 février 2008

Aventures barcelonaises - 1 - L'Emmerdeur des Canaries

« Buenos dia
- Gnchhéé »

J’attrape la montre. Cinq heures. Le soleil n’éclaire pas encore le puits de lumière. Et je vois l’autre emmerdeur des Canaries qui se lève pour aller faire son jogging.

« Voy a correr en la Barcelonetta… »

Je me roule sur le côté. Plus moyen de dormir. Il a ouvert la lumière.

Il y a des gens comme ça. On leur dit bonjour une fois et c’est fini. Encore, celui-là c’en était un particulier : un marathonien. Infatigable.

Ça avait commencé la veille par le régime alimentaire. Description détaillée de ses repas de la journée, de son kilométrage, de ses heures de sommeil…

« C’est la pire auberge de Barcelone » que m’avait dit Mélanie. Elle m’avait montré les commentaires sur le site. Glauque, sale, laide…

Bon, j’avais fait la réservation donc j’avais défendu mon point. « C’est près de tout! » Mélanie m’avait montré la douche. Le plafond tombait. « C’est quand même propre.
- Les draps puent.
- Pas tellement.
- Va leur dire qu’on s’en va!
- Non… »

Et puis, quand l’autre m’a réveillé : « Voy a ser en Barcelona por siete dias! Podemos hacer muchas cosas después de mi maratón! »
« Ok, on s’en va! »