Je me suis plaint de l’auberge, mais le quartier était bien. À deux pas des Ramblas. À côté, il y avait un bar dont le comptoir donnait sur la rue. Les gens se tenaient debout sur le trottoir pour boire leur Estrella ou leur café en fumant des Marlboros.
On a fini par changer d’auberge. Aller à Barcelona Mar, deux rues plus loin. Propre, amicale, eau froide et chambre surpeuplée : l’auberge parfaite.
Surtout qu’on pouvait encore aller chercher des jus au marché et aller regarder les animaux des marchands sur la Rambla.
El conejo
Ça a commencé par une expérience culinaire. Le comptoir en stainless et les vieux attablés au Pollo Rico faisaient ressembler le restaurant à un snack bar de St-Henri. On est entrés, plus ou moins sûrs de nous. Tout le monde parlait catalan. Les touristes étaient plus ou moins les bienvenus.
Mauvaise idée.
On revient le soir. « Voy a tomar el bacalao.
— Comer.
— Perdón, comer…
— Y por la señora ?
— El conejo. »
Conejo. Co-ne-jo : trois syllabes (qui veulent dire lapin) et que Mélanie n’oubliera sans doute jamais. Parce qu’on lui en a servi, du lapin, pas de doute.
Ni salade, ni frites, ni patates, ni riz, ni purée, ni sauce : du lapin. Mort, le lapin. Avec ses yeux opaques et deux petites dents blanches. Avec la tête, s’il vous plaît. Jamais rien vu d’aussi mort. « Mon Dieu », que Mélanie a dit (ou quelque chose du genre).
Et puis, elle a commencé à manger. Pour ne pas trop faire touriste. Mais, à bout de supporter le regard inanimé de son repas, elle a fini par le tourner pour découvrir qu’il n’avait pas été vidé non plus. Cœur, foie, reins, un vrai cours d’anatomie… Du pur produit d’Espagne (z’avaient même laissé le collant « Producto de España »).

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