lundi 18 février 2008

Aventures barcelonaises - 2 - Du jus et du lapin

El Zumo

Je me suis plaint de l’auberge, mais le quartier était bien. À deux pas des Ramblas. À côté, il y avait un bar dont le comptoir donnait sur la rue. Les gens se tenaient debout sur le trottoir pour boire leur Estrella ou leur café en fumant des Marlboros.

Et puis y’avait le marché de la Boqueria. Le plus beau que j’aie jamais vu, je crois, avec des saucissons énormes qui pendaient des étalages des charcutiers, des fruits qui éclatant de couleur pour pas cher, des tas de poissons étranges, des lapins morts suspendus par les pattes, des têtes de mouton et surtout des jus de fruits. À la fin, la fille des jus de fruits nous connaissait. On a dû en boire vingt.

On a fini par changer d’auberge. Aller à Barcelona Mar, deux rues plus loin. Propre, amicale, eau froide et chambre surpeuplée : l’auberge parfaite.
Surtout qu’on pouvait encore aller chercher des jus au marché et aller regarder les animaux des marchands sur la Rambla.

El conejo

Ça a commencé par une expérience culinaire. Le comptoir en stainless et les vieux attablés au Pollo Rico faisaient ressembler le restaurant à un snack bar de St-Henri. On est entrés, plus ou moins sûrs de nous. Tout le monde parlait catalan. Les touristes étaient plus ou moins les bienvenus.

N’empêche que le poulet et les frites étaient excellents. Pour pas cher en plus. Alors, on s’est dit qu’on reviendrait manger quelque chose de plus typique.

Mauvaise idée.

On revient le soir. « Voy a tomar el bacalao.
— Comer.
— Perdón, comer…
— Y por la señora ?
— El conejo. »

Conejo. Co-ne-jo : trois syllabes (qui veulent dire lapin) et que Mélanie n’oubliera sans doute jamais. Parce qu’on lui en a servi, du lapin, pas de doute.

Ni salade, ni frites, ni patates, ni riz, ni purée, ni sauce : du lapin. Mort, le lapin. Avec ses yeux opaques et deux petites dents blanches. Avec la tête, s’il vous plaît. Jamais rien vu d’aussi mort. « Mon Dieu », que Mélanie a dit (ou quelque chose du genre).
Et puis, elle a commencé à manger. Pour ne pas trop faire touriste. Mais, à bout de supporter le regard inanimé de son repas, elle a fini par le tourner pour découvrir qu’il n’avait pas été vidé non plus. Cœur, foie, reins, un vrai cours d’anatomie… Du pur produit d’Espagne (z’avaient même laissé le collant « Producto de España »).

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