mercredi 19 décembre 2007

Un peu de presse people entre deux examens


Tiens! Après avoir invité Kadhafi, Sarkozy se fait encore remarquer en dévoilant au grand jour sa relation avec Carla Bruni. Paraît-il qu'on aurait publié aujourd'hui des photos du président et de la chanteuse lors d'une sortie en famille à Disneyland. L'histoire ne dit pas s'il a dû monter sur un escabeau pour embrasser l'ex-mannequin.

samedi 15 décembre 2007

Le Panier


Les rues du vieux quartier populaire ont un charme incroyable. Autrefois le rendez-vous des petits criminels et des gredins de tous genres, le Panier est aujourd'hui plus tranquille. À deux pas du Vieux-Port, ses rues sont remplies d'enfants qui jouent au ballon sous les draps qui sèchent aux fenêtres des maisons colorées. Et quand le soleil daigne à pointer son nez dans les rues étroites, l'effet peut être impressionnant.

Tourisme trash : vacances à Champlan

« Quelque 2 500 personnes vivent à Champlan, réputé être le village le plus pollué d’Île-de-France. Située à 20 km de Paris et à quelques minutes en bus de la station RER de Massy-Palaiseau, la commune est soumise à une accumulation de nuisances impressionnante. Placée dans l’axe des pistes d’Orly, elle est constamment survolée par des avions. Le village voit également passer un demi-million de véhicules par jour. L’autoroute A10, l’A6, l’échangeur A10-A6, la nationale 20 et plusieurs départementales convergent sur son territoire.
Deux usines d’incinération des ordures ménagères et un centre de broyage de béton sont également situés aux frontières de Champlan. Ce n’est pas fini : un spectaculaire écheveau de lignes à très haute tension desservant en électricité le sud de Paris passe par ici. Il y a, enfin, le centre commercial Villebon-2, dont la soixantaine d’enseignes brille de mille feux vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les Champlanais ont rebaptisé l’endroit « Las Vegas ». « À cause de ça, il n’y a même plus de véritable nuit », souffle Christian Leclerc, président de l’Association de défense de Champlan. […]
De nouveaux projets d’infrastructures sont en cours, comme le doublement de la RD 591 et la construction d’une station d’épuration qui réceptionnerait les eaux usées de 180 000 habitants du secteur. »
- Le Monde édition du 15 décembre 2007

Wow, c’est presque pire que Centralia!

vendredi 14 décembre 2007

Aventures marseillaises – 2 – L’Homme des Calanques

L’idée est venue à Mélanie en parlant à Marc, un des veilleurs de nuit de l’auberge : « Vous pourriez aller vous promener dans les Calanques.
— Les quoi? »

Ça a pris quelques minutes et Nabil, le guide, nous expliquait la randonnée du lendemain matin. Nous n’étions pas équipés. Mélanie avait un manteau long, Dalia des chaussons de ballerine et moi un veston. Pour se faire fouetter par le mistral et marcher sur les cailloux, c’était plus ou moins l’équipement. Tant pis.

Le lendemain, à neuf heures, on part accompagnés de deux Allemandes Erasmus en échange à Barcelone, d’une Hongkongaise, du veilleur de nuit et d’un backpacker albertain, gentil amateur de drogues dures.
Et puis, je deviens celui qui devra faire passer les propos du guide et son accent pagnolien dans la langue de Shakespeare.
Nabil est né dans les cailloux des Calanques (prononcer « calan-n-queu » pour faire comme lui) et, à ce qu’il en dit, il veut y mourir. Fils de partout, Algérien et Arménien, c’est le vrai Marseillais pure laine qui fait sa fierté de n’avoir jamais mis les pieds à Paris et qui fait remonter sa légende jusqu’aux Ligures. « À Marseille, y’a nous et le reste du monde. On se mélange pas. »
Déjà l’autobus nous emmène au bout de la ligne où un minibus nous attend encore (Marseille a la particularité d’être une ville immense, un peu comme si St-Jérôme faisait partie de Montréal et serait desservie par les autobus de la STM).
Et puis, au tournant de la route qui mène aux Goudes, c’est la mer qui explose. Bleue, battue par le mistral qui a fini de balayer la brume du matin, elle est là qui claque contre le calcaire des rochers auxquels s’agrippent tant bien que mal les brins des garrigues vaguement vertes.
Nous traversons les villages jusqu’à Callelongue, petite calanque habitée d’où les bateaux de pêche partent prudemment sur la mare agitée.
Nabil nous conduit dans la montagne sur laquelle traînent encore les vestiges du Premier Empire et du Troisième Reich. Il nous parle des animaux et des plantes et je traduis en écho.
Des vertus du romarin aux morsures venimeuses des mille-pattes ou des couleuvres, il a tout essayé, tout vu, tout touché. Il nous raconte l’histoire étrange d’un ermite qui lui a appris les effets psychotropes de certaines plantes et les lieux des ruines d’anciens temples ligures.
Il parle des forces de la montagne et on se croirait dans un certain livre de Ramuz. Le personnage et l’immensité imposent le respect et personne n’ose vraiment rire par une crainte mystérieuse d’attirer les mauvais esprits qui hantent les calanques.

Une fois la peur New Age passée, nous nous retrouvons à Marseilleveyre pour manger des frites devant la Méditerranée. La calanque isolée, qui n’est desservie par aucune autre route que les cailloux et la mer, abrite quelques petits cabanons et un restaurant à la bonne franquette sur la terrasse duquel le promeneur enclin à la farniente peut boire un certain anisé local au rythme des vagues.
Pour nous, la marche continue jusqu’à un endroit où les vagues viennent s’abattre sur les rochers et propulser leurs embruns dans l’air. La marche est facile, même s’il faut grimper par endroits. Les garrigues sont presque vertes en ce temps de l’année en comparaison de l’été où la température peut monter jusqu’à 55 degrés pour en faire l’endroit le plus sec de France.
Le regard se porte vers le large. Il faut évacuer trois mois de Paris et de ses 20 000 habitants au kilomètre carré.
Au retour, Nabil nous fait arrêter devant un endroit appelé le passage du Paradis. Selon lui, l’endroit aurait été utilisé par les druides dans les cérémonies funéraires. En suivant un protocole particulier : ne pas se toucher, ne pas rire, ne pas parler, que personne ne passe le passage en même temps afin d’évider de s’attirer les foudres des mauvais esprits, il est possible de faire un vœu en le traversant. Plus ou moins un vœu, en fait, plus une réflexion ou une réponse… vous comprenez.
Je traduis. Tout le monde s’installe en ligne pour traverser. Le moment est tendu, silencieux. Les gens se recueillent. Nous traversons d’un même pas le passage en espérant voir un signe. Le signe, c’est Mélanie qui le voit. Ou plutôt son front qui rencontre violemment une branche de pin. Elle a mal, mais continue sans broncher (malgré le rire qui monte) pour ne pas déchaîner les forces de la nature.
À la sortie, tout le monde est silencieux. Nabil demande à Mélanie : « As-tu senti quelque chose ?
- … oui. »

jeudi 13 décembre 2007

Aventures marseillaises - 1 - La Mer

Dans ma tête de Nord-Américain, prendre le train a toujours été quelque chose de spécial. Ça va vite, c’est confortable, il y a une voiture-restaurant. Voiture-restaurant : Le mot a une résonance étrange, filmique. « Je te rejoins à la voiture-restaurant » : la phrase sonne merveilleusement bien. Elle est d’un autre monde, du Far West ou je ne sais pas…
Bon, on déchante évidemment en voyant les prix ou un groupe d’Allemands en train de se soûler à la Kronenbourg, mais j’adore. Et puis, quand c’est la Provence qui déroule à 300 km/h de l’autre côté de la fenêtre, c’est encore mieux.
Après, c’est l’arrivée à Marseille, retrouver la petite Dalia Younsi et prendre le métro jusqu’à l’auberge.
Premier constat : le métro de Marseille n’a que deux lignes. Dur de se perdre.
Deuxième constat : ils ont engagé un designer daltonien pour le choix des couleurs à l’intérieur (jaune, brun, orange).
Troisième constat : les gens sont laids. Merveilleusement laids. Pas qu’ils ne soient spécialement tarés au point de vue de la génétique, non, certainement pas, mais, contrairement à Paris, les gens ont davantage l’air d’être sortis du catalogue de l’Aubainerie que du dernier défilé de chez Dior. Celui-là a une grosse moustache, l’autre est intégralement vêtu aux couleurs de l’OM (saumon et bleu poudre), lui s’est tartiné les cheveux de gel au point de ressembler à un des danseurs de Gerardo.
Au début, après trois mois passés à Paris, la différence frappe. Et puis, tranquillement, on sent l’ambiance décontractée qui prend le pas. C’est Marseille, pas Paris.

L’auberge Bonneveine a l’air d’une petite polyvalente comme presque toutes les auberges de jeunesse. Il n’y a pas de lunettes sur les toilettes des hommes, tous les plats du poisson au poulet goûtent la même chose et le déjeuner inclus n’inclue pas grand-chose sauf du pain, des confitures trop sucrées et du mauvais café, mais il y règne (généralement) une ambiance de fête.
L’ennui c’est qu’à l’arrivée l’auberge est vide, comme celle dans Shining. Nous sommes seuls dans nos dortoirs, le mistral souffle et Jack Nicholson lance sa baballe contre les murs.

Peu importe, on dépose les sacs (enfin) direction la mer que Mélanie n’a jamais vue. Quelques pas plus bas et c’est le mistral qui nous accueille. Au bout d’une rue transversale, les vagues de la Méditerranée viennent se briser sur la plage du Prado.
Reste plus qu’à descendre, qu’à sentir le vent qui nous décoiffe et qu’à regarder les vagues, attendre les plus grosses et reculer pour ne pas se faire mouiller les pieds. La mer, on pourrait la regarder des heures.

vendredi 7 décembre 2007

Papiers!


Enfin! Après avoir couru le risque pendant quelques jours d'être jeté en prison jusqu'au prochain avion d'Air Sarko pour Montréal, j'ai le récépissé de ma carte de séjour (c'est tout comme si j'avais la carte).

Prochaine étape : Marseille.

Des nouvelles dans quelques jours.

jeudi 6 décembre 2007

Le monde vu par un CRS

Ce matin, des étudiants bloquent encore l'entrée de la Sorbonne. En bon touriste, je suis allé voir l'attroupement. Des gens grognent de ne pas pouvoir entrer, d'autres approuvent, certains essayent de forcer le barrage. Le ton monte, redescend... ça peut durer toute la journée. Et puis, une bousculade... les grévistes tiennent bon. Ça recommence à grogner tranquillement.

Une centaine de mètres plus loin, les CRS mangent leur sandwich. « Vous faites rien pour empêcher les bousculades ? Quelqu'un pourrait se faire mal, comme à Tolbiac...
- On aimerait bien, mais on n'a pas reçu d'ordres », qu'un grand sec me répond.

Un autre me prend à part et me dit avec un air de dur : « Tu sais ce que tu dois vraiment faire? Leur exploser la gueule à ces grévistes, c'est ça qu'il faut faire. »

Bonne idée champion!

mardi 4 décembre 2007

Une journée dans la peau d'un communiste* français

Texte paru dans le Pied édition du 31 novembre

Ça a duré quelques minutes. Les cris de la foule montaient des escaliers. Mon cours venait d’être annulé à cause de la grève des transports. Je suis allé voir. Une vingtaine d’étudiants tentaient de tenir le premier étage. Des agents de la Sorbonne et d’une agence de sécurité privée sont arrivés pour déloger les manifestants. Les coups ont fusé d’un côté comme de l’autre. Dans la bousculade, une fille est presque passée par-dessus la balustrade. Les policiers sont arrivés, ils ont attrapé un gars au hasard et l’ont traîné jusqu’en bas.
Pendant ce temps, je me tenais dans l’escalier, un étage plus haut, et je prenais des photos. Quand tout le monde s’est dispersé, je suis descendu et j’ai fini par croiser une fille qui m’a demandé ce qui s’était passé. Je lui montre les photos. Elle me dit qu’elle travaille pour un journal communiste et qu’elle voudrait peut-être les photos.
Elle m’emmène dans la cour d’honneur où d’autres étudiants sont groupés. Elle parle des photos à une fille des JCR (Jeunesses Communistes Révolutionnaires). Après, un autre arrive, blond maigre avec un air grave et un keffieh rouge, entend parler des photos. « Camarade, c’est peut-être important » qu’il me dit. Il prend l’appareil et les regarde avec la tête de celui qui sait ce qu’il fait. Il me le redonne nonchalamment : « Rien d’incriminant. »
De toute façon, plus personne ne s’occupe bientôt plus du Québécois. Alors, je les suis jusqu’à l’amphithéâtre Richelieu qu’ils prennent pour faire une réunion de leur comité de mobilisation. Je fais des photos, je prends des notes.
Il est question de répression policière, d’état fasciste, de mobilisation et de légitimité. Ça discute fort de changer le monde.

Mouvement étudiant?

Le mouvement étudiant, en France, est absolument étrange. D’abord, pratiquement personne n’est syndiqué (autour d’un pour cent). Résultat : de petits groupes s’autoproclament chefs du mouvement et organisent des assemblées générales bancales où les opposants à la grève se font huer par la foule (sélecte) en délire.
En plus, une coutume étrange chez ces militants veut que le vote secret soit antidémocratique. En l’absence de procédures, un opposant finit toujours par le réclamer, il est hué par la foule, on vote à main levée sur la tenue d’un vote secret (!) et il est évidemment battu à plates coutures.

Démocratie approximative

De son côté, l’Administration fait évacuer les grévistes par les CRS (antiémeutes), ne fournit pas de locaux pour les assemblées, empêche les étudiants d’entrer et va jusqu’à couper le micro. Il n’y a qu’un mot d’ordre : « La Sorbonne ne doit pas tomber ».
En fait, ce que les étudiants demandent (si on exclut la démission de Sarkozy, le retour aux 37,5, le maintient des régimes spéciaux des cheminots, l’abolition de l’amendement sur les tests ADN et le printemps pour toujours) c’est l’abrogation de la loi Pécresse.
Cette loi permet l’autonomie des universités et ouvre la porte aux financements privés, comme c’est déjà le cas au Québec. En fait, les étudiants français ont peur que cette loi ne soit une porte ouverte à la privatisation des universités et à l’inégalité des diplômes.
Il est toutefois étrange de voir la gauche française se démener afin de conserver intact le cadavre de l’éducation républicaine. En effet, les facultés françaises sont dans un état lamentable autant au point de vue de l’enseignement que de l’équipement ou de l’immobilier (à la Sorbonne : pas de chauffage, peinture qui écaille, amphithéâtres bondés, plafond qui coule, pas de canons, quinze ordinateurs, une administration et un enseignement vétustes…). On ne peut donc pas reprocher à Sarkozy de vouloir y apporter un changement.
L’ennui c’est que, derrière la relative modération de la loi Pécresse, se cache le mépris de la droite pour les formations non techniques comme l’histoire, la littérature ou la philosophie. Le changement ne se fera donc qu’au détriment de ces parcours moins rentables qui continueront à pourrir avec ce qui reste des facultés françaises.
Toutefois, en l’absence de légitimité et de cohérence, le mouvement étudiant français n’arrivera qu’à laisser paraître son mécontentement sans jamais proposer de solutions concrètes.

Après l'écriture de cet article, les assemblées générales à la Sorbonne ont commencé à diminuer en popularité. Le nombre de gréviste diminuant sans cesse, le mouvement semble s'éteindre tranquillement (une journée de grève a été votée pour jeudi par une AG peu nombreuse). La loi Pécresse tient toujours et les CRS sont encore stationnés devant la Sorbonne.

*trotskiste...

vendredi 30 novembre 2007

Scoopé par P45

Ça valait bien la peine de se rendre jusqu'ici pour se faire scooper par P45. En effet, l'émission Le Fou du roi de France inter a diffusé cette semaine une excellente version d'Hallelujah de Leonard Cohen par Karen Ann. De quoi contraster avec la version de Rufus "Je m'habille en chevalier" Wainright et celle (peut-être) excellente, mais inaudible, de Beirut. À moins que vous ne préfériez la langoureuse version de Leonard ?

mercredi 28 novembre 2007

Emma (suite et fin)

L'affaire des mystérieux « Emma je t'aime » qui hantaient Paris tire à sa fin. Il s'agissait bel et bien d'une campagne d'auto-promotion pour du marketing alternatif (Legardère Active Pub). Un peu ennuyant... (J'aurais préféré une pub de yogourt. Ça aurait eu de la gueule, non?)

mardi 27 novembre 2007

Réapparition (furtive) de Svlobodan

Mélanie dit avoir vu Svlobodan à sa place habituelle devant le Picard (produits surgelés). Il avait, semble-t-il, de nouveaux vêtements propres et l'air en santé.

Je suis sorti quelques minutes plus tard et il n'était déjà plus là. Heureux qu'il soit toujours en vie!

jeudi 22 novembre 2007

Emma

Étrange découverte dans le journal en fin de semaine : un grand espace publicitaire occupé seulement par le portrait d'une femme au stencil et un coeur dans lequel il est écrit « Emma je t'aime. Reviens! ». La blogosphère parisienne s'agite et les rumeurs vont bon train. Certains affirment toutefois qu'une boîte de pub nommée La Chose serait derrière l'affaire (désolé pour les romantiques). À suivre...

PS
Un commentaire sur le blogue emmajetaime.com résume merveilleusement bien la situation : « Si c'est un coup de pub, toutes mes félicitations, c'est très bien vu... et, si c'est réellement une déclaration d'amour, alors il va falloir arrêter parce que ça va pas tarder à nous soûler. »

mardi 20 novembre 2007

Désert



Avec la pluie, les grèves et la fin de la saison touristique, les rues de la Butte sont particulièrements vides ces temps-ci.

samedi 17 novembre 2007

Intervention

La veille, la Sorbonne nous avait payé le vin pour une soirée d'accueil. Alors, c'était un peu normal de ne pas arriver à l'heure (d'autant plus avec la grève des transports).

J'arrive au cours, pas de cours... J'attends un peu. Parle aux autres élèves : « pas de cours ». C'est à ce moment que j'entends les cris d'une foule dans les escaliers.

Je me précipite pour voir. Une vingtaine d'étudiants tentent de bloquer les agents de sécurité et les agents privés que la Sorbonne a nouvellement engagés. Les renforts arrivent, une fille passe presque par-dessus la balustrade, les coups partent d'un côté comme de l'autre. Les policiers arrivent, tapent aussi. Un des manifestants est arrêté.

En fait, les étudiants tentaient simplement de faire du bruit afin de perturber une rencontre du Conseil d'Administration. Je ne sais pas qui a commencé à frapper ni s'il avait tort ou raison, mais je sais qu'une fille aurait pu s'écraser un étage plus bas et que l'administration aurait pu endurer un moyen de pression somme toute assez mineur.

vendredi 9 novembre 2007

Promenade



Ces temps-ci, quand le soleil se pointe le bout du nez en après-midi, la lumière est idéale pour les photos.

Tout va bien (suite)

Hier, alors que j'écrivais mon dernier message, j'étais au Luxembourg où j'attendais que Mélanie termine son cours. Vers six heures, quand j'ai voulu retourner à l'université. La foule s'était massée rue de la Sorbonne et un cordon de CRS bloquait l'accès. Les slongans montaient et les communistes distribuaient des tracts. Je venais de basculer dans un autre univers quand, tout à coup, les bouteilles sont parties en direction de l'escouade anti-émeute.

Les policiers ont commencé à charger et je suis parti sans trouver Mélanie, évidemment. Comme nous avions rendez-vous au Piano Vache pour rencontrer des amis, j'ai opté pour la solution Shaun of the Dead et je me suis installé au bar pour boire un demi en attendant de voir si elle arriverait.

Elle n'est pas arrivée. Je me suis dit qu'elle devait être à la maison. Je me suis assuré que la Sorbonne avait été vidée et je suis parti. Mais, à l'appart, pas de Mélanie.

C'est seulement à 23h30 qu'elle est apparue, un peu éméchée. Elle était arrivée au Piano Vache après que je sois parti. Elle s'était fait larguer par le chauffeur d'autobus en plein trajet, sans carte : moyen de pression.

Après, elle avait été évacuée de la Sorbonne avant de ne pes réussir à trouver le bar à temps.

Drôle de journée, hier, à Paris.

jeudi 8 novembre 2007

Tout va bien

C’est drôle comme on peut être dépassé quand on vient d’ailleurs. Depuis deux jours, je me fais fouiller pour entrer à l’université, il y a des banderoles partout, et moi, ce matin, je demande au garde : « Qu’est-ce qui se passe au fait? ». L’autre, dans son costume bleu de garçon d’ascenseur, ne m’aurait pas regardé autrement si j’avais été habillé en ballerine. « Manif », qu’il me répond. Manif…
C’est étrange parce que les syndicats de la Sorbonne ne représentent qu’autour d’un pour cent des étudiants. Alors, c’est ce qu’un des représentants m’a expliqué, quand il y a grève, ils font une AG et ils votent pour ou contre. L’ennui c’est que l’AG peut surgir à tout moment et que tout ce que ça prend pour bloquer les cours c’est « un nombre significatif d’étudiants ». Ajoutez à ça des demandes floues et vous obtenez un chaos des plus spectaculaires.
Durant la nuit de mardi, les policiers sont venus expulser des étudiants d’un amphithéâtre. Je ne savais même pas qu’il était occupé.

En fait, ce que les syndicats demandent (entre autres choses) c’est l’abrogation de la loi relative aux universités, loi qui permet, en gros, aux universités d’être autonomes. Autonomie signifie compétition entre les facultés, augmentation possible des frais de scolarités (quasi nuls en ce moment) et porte ouverte au financement privé.
À voir l’état lamentable des locaux et des cours (pas de chauffage, peinture qui s’écaille, pas de projecteurs, pas assez de photocopies, quinze vieux ordinateurs, pas d’internet sans fil, bibliothèque moche, locaux remplis d’élèves qui doivent s’asseoir par terre, pas assez de profs, enseignement déficient), il semble évident que les Français doivent faire quelque chose.

Évidemment, la solution Sarkozy est de favoriser les filières, dites rentables, en permettant les investissements privés tout en désengageant progressivement l’État du système d’éducation au détriment des autres filières (lettres, sciences sociales, etc.).
Le problème, c’est que les syndicats proposent le maintien du faux système égalitaire qui existe en ce moment.

En France, tout le monde qui a son bac peut entrer en fac. Comme le bac est relativement simple à obtenir, les universités croulent sous le poids des nouveaux étudiants qui ne payent pratiquement rien. De l’autre côté, il y a les classes préparatoires qui, elles, se permettent de sélectionner à l’entrée et de faire payer les étudiants. Ajoutez à cela un système scolaire qui favorise la grande culture aux formations techniques et vous vous retrouvez avec une véritable aristocratie scolaire.
Non seulement les plus pauvres peuvent difficilement se payer l’accès aux classes préparatoires, mais ils n’ont pas non plus accès à cette grande culture valorisée par l’école républicaine qui permet l’accès aux grandes écoles. Résultat : sur les bancs de l’École Normale Supérieure, la plus réputée des grandes écoles françaises (où sont passés les Sartre, Beauvoir et autres Bergson), vous retrouvez tous les fils de ministres, de diplomates et autres vaches qui, eux, y ont accès, à la grande culture). En fait, la différence est si prononcée que, selon les statistiques de 1998, seulement 9 % des étudiants des quatre principales écoles venaient de milieu modeste.

Côté syndical, c’est le classique français. L’UNEF qui regroupait jadis une partie significative des étudiants s’est scindée dans les années 80 entre trotskistes, socialistes, communistes, végétariens, derridiens, caucasiens, sidéens, manchots, machos, fachos et granos.
Tout pour créer une formidable impasse dans laquelle la droite fait voter des lois qui amplifient un système déjà foncièrement inégalitaire tandis que la mobilisation étudiante est le fait de groupuscules qui s’identifient davantage à la lutte anti-Sarkozy (appui aux grèves de la RATP et de la SNCF, appui aux immigrants illégaux, etc.) qu’elle ne s’attache à proposer des solutions concrètes.

Ce soir, je suis sorti de mon cours et les CRS attendaient devant l’entrée en tenue de combat. Je m’approche de deux étudiants et je leur demande ce qui se passe. « Ils s’attendent à ce que des gens entrent. Ils se sont fait prendre y’a deux ans… Les gens leur lançaient des extincteurs et des ordinateurs à partir des fenêtres. C’était bien. »
De l’autre côté de la rue, les CRS attendaient un ennemi dans la rue vide quand un supérieur sans armure les a amenés au loin. Un groupe de touristes allemands venait prendre des photos de la Sorbonne.

mercredi 31 octobre 2007

Des Meubles !

Ça a commencé par un bruit monstrueux. Nous étions encore en train de dormir, je me promenais tranquillement près du port en haute mer de Paris (à côté du cimetière de Montmartre), j’étais en train de traverser la passerelle en métal — où il y avait une anguille morte et d’où on voyait passer d’immenses pétroliers — quand Kevin Costner s’est jeté à l’eau, et puis il y a eu le bruit. Je ne vous en ai jamais parlé, mais la sonnette de l’immeuble fait un bruit terrible, un grincement.
Le lendemain d’une soirée au Piano-Vache avec Étienne, entre un Paris marin et un baril de crème glacée à Montréal, j’ai eu l’impression que ma vie était en danger. Levée d’un bond, c’est Mélanie qui crie « Les meubles! ». À peine le temps d’enfiler un t-shirt et des souliers, je descends en courant (l’interphone fonctionne mal) et je tombe sur le livreur qui me regarde comme si je sortais d’outre-tombe (je dois avoir l’air). « Les meubles.
— C’est au deuxième
— On m’a dit au premier.
— Ouais, je sais, c’était une erreur, on est au deuxième.
— Il est écrit au premier sur ma feuille.
— C’était une erreur.
— etc. »
Il finit quand même par me traîner les boîtes IKÉA en râlant jusqu’au deuxième où Mélanie se lève tant bien que mal. Ça y’est, on a des meubles.
Après deux mois sans tables ni chaises, à bouffer par terre et à se demander quand la livraison viendrait, autant dire que c’est jour de fête.

Ça a commencé par un abonnement à Free (un fournisseur d’accès internet et de téléphonie) et puis ça n’a jamais abouti. Plus d’un mois déjà qu’on s’était inscrit et pas de nouvelles, pas de téléphone ni d’internet, rien.
Et, entre-temps, IKÉA, le livreur qui ne peut pas nous joindre et qui nous laisse un numéro où on ne répond pas : pas de Free, pas de meubles. Il a donc fallu régler ça par fax, façon 1993.
Les choses semblent donc se régler un peu. La semaine prochaine, nous aurons le téléphone (après un peu moins de deux mois), nous avons notre carte Imagine R (métro-bus) et nous sommes (presque) inscrits à nos cours.
Reste que je n’ai pas encore ma carte de séjour, mais c’est une autre histoire. Tout part d’un certificat de naissance…

La première fois que nous sommes allés à la Cité Universitaire (à l’autre bout de la ville) pour faire notre carte de citoyenneté, il me manquait le certificat de naissance (c’était écrit nulle part dans nos papiers ou je ne l’ai jamais vu, peu importe). « Oui, mais c’est écrit que je dois faire ma carte dans les 8 jours. Je l’ai pas, le certificat. Qu’est-ce que je fais?
— C’est pas grave, les huit jours c’est pour que les gens ne le fassent pas à la dernière minute. »
Pas trop con, je le fais envoyer à Paris par mes parents et je retourne à la Cité U. Là, c’est la file d’attente monstre. Un après-midi complet à attendre pour se faire dire : « Il est 16 h 30, on ferme.
— Allez chier!
— Non, mais on peut vérifier vos papiers. Passeport? Visa? Certificat de scolarité? Certificat de naissance? … C’est pas le bon.
— Comment pas le bon? N’ai pas d’autre.
— C’est pas le bon, ça vous prend le grand format.
— ‘chier»
— Allez au consulat.»
Trouve le numéro du consulat appelle au consulat… Fermé : « Bienvenue aux sewvices consulaiwes canadians veuillez consulter notwe site web ». Écris un courriel «Veux mon certificat de naissance ». Réponse : « Pour obtenir les documents que vous exigez, présentez-vous aux services consulaires canadiens avant 11h30 du lundi au vendredi muni des pièces d’identités suivantes :
— Votre passeport
— Votre certificat de naissance (le grand, nananère). »

‘chier ! Finalement, je rappelle avant 11 h 30 lundi : je dois faire venir le certificat de naissance du Québec et courir faire ma carte de séjour sinon ils lâchent Sarkozy à mes trousses dans les rues de Paris.
Au moins, j’ai des meubles.

Ponto le petit caniche et les jardins du Luxembourg

(Texte paru dans Le Pied - édition du 29 octobre)

Entre la Sorbonne et les Jardins du Luxembourg, il n’y a qu’un pas. Quand le soleil d’automne réchauffe les allées bordées de marronniers aux feuilles jaune ocre, l’envie de laisser tomber un cours sur Blake vient d’elle-même. On franchit le pas, et on se promène entre les joueurs d’échecs ou de pétanque, on va regarder les petits bateaux à voiles dans la fontaine et on sent les feuilles mortes, la poussière et l’étrange odeur mi-boisée mi-terreuse des jardins français.

Déjà deux semaines que les cours ont commencé et je ne sais pas trop quoi en penser. Je suis toujours en admiration devant les boiseries et les toiles gigantesques des amphithéâtres, mais le contenu n’est malheureusement pas toujours à la hauteur de la décoration.

On m’avait prévenu avant de partir : « la Sorbonne est un ramassis de vieux chnoques », et c’est en partie vrai. Reste que ça garde quelque chose d’amusant. Je me sens parfois comme un archéologue à écouter s’écouter parler des vieux machins qui n’ont jamais digéré la nouvelle critique, même après des décennies.

Ça a commencé dans un cours de littératures européennes. Il était question d’un recueil de Jean Paul (un romantique allemand). En dressant une biographie détaillée de l’auteur, la prof se met soudainement à parler de Ponto, le petit caniche blanc de Jean Paul, et, à ce moment, j’ai eu comme l’impression que je n’en avais rien à foutre du caniche de Jean Paul, mais rien du tout, et je me suis promis d’en parler un jour dans une dissertation.

Plus tard, l’un d’entre eux, qui ressemble à un maître d’école d’une pièce de Pagnol, lunettes rondes et cravate d’outre-tombe, nous entretient pendant une heure de la vie de Baudelaire et déclare sérieusement : « De son voyage, Baudelaire a retenu trois choses. » Trois choses… Pas quatre ni deux, « trois choses ». Je me suis arrêté un instant pour me dire qu’en revenant à Montréal j’aurai peut-être retenu précisément trois choses de mon séjour à Paris, pas une de plus, pas une de moins. Des choses, catégoriques, rien de vague ou de flou… Ça explique tout.

Et puis, il y a cet autre, le zolien qui, en nous parlant de Zola, se met à délirer sur les dates de naissance des auteurs. Selon lui, il y aurait des générations d’auteurs, ceux nés autour de 1780, de 1800, de 1820, etc. Les artistes d’une génération entretiendraient entre eux des liens étroits et ceux de deux générations différentes des liens se rapprochant du rapport père-fils. Quant aux autres, nés dans les trous de la théorie (c’est-à-dire autour de 1790, 1810, 1830…), ils entretiendraient des liens plus près de celui de grand-frère-petit-frère avec les auteurs des générations dites non intermédiaires. L’autre nous dit ça en s’essuyant la bave du coin des lèvres, fier comme l’inventeur de la charrue à soc de fer. Je connais quelqu’un qui a bien fait de ne pas aller en science, même s’il avait voulu. La seule chose que je regrette c’est que ça soit les lettres qui en héritent… Et encore, il doit avoir des amis.

Évidemment, tous les cours ne sont pas aussi drôles, il y en a même d’excellents. N’empêche que Paris a souvent plus à offrir que les aventures de Ponto et que les après-midis se perdent facilement à lire de l’autre côté du Boulevard St-Michel.

Disparition de Svlobodan

J'ai été étonné récemment de ne plus voir Svlobodan devant le Picard : produits surgelés. D'autant plus qu'il n'en bougeait jamais. Je ne sais pas ce qui lui est arrivé. Un matin, il ne restait plus rien de ses sacs et de lui qu'un tas de bouteilles cassées jetées à la rue et qu'un rond de saleté en face de la vitrine.

jeudi 18 octobre 2007

Pris au Centre de Paris

Grève de la RATP aujourd'hui ! La Butte ne nous a jamais semblé aussi loin à Mélanie et à moi. Nous n'avons pas réussi à entrer dans le métro que nous avons attendu près de 45 minutes. Il y a eu une bousculade pour entrer dans les wagons déjà remplis. La ville est un immense bouchon de circulation. Même le CROUS était fermé mais, pour d'obscures raisons, les cours continuent à se donner.

Donc, nous sommes pris dans le Ve à se demander comment nous allons rentrer à la maison et comment nous allons réussir à aller à nos cours demain (parce que la grève a été reconduite). Évidemment, nous pourrions retourner à pied, mais vu l'heure qu'il est, ça promet d'être une aventure.

jeudi 11 octobre 2007

La Fièvre du Rugby

Samedi dernier, j’étais à la Bastille avec la petite Dalia Younsi et Mélanie pour célébrer l’anniversaire de cette dernière. Le projet était assez simple : resto et après… Nuit blanche ! En effet, il y avait à Paris ce soir-là une nuit dédiée à l’art contemporain de rue. Avec, en prime pour moi, un joli rhume bien fiévreux pour bien passer la soirée (je l’ai laissé à Mélanie depuis).

À peine sortis du restaurant, nous arrivons devant une œuvre nommée Plein Museum (Musée de Square, si vous voulez) : une espèce de maison-roulotte en toile assez moche avec de la musique techno, de la lumière et des ivrognes qui font des ombres en riant. Rien à signaler, on se déplace.

Mais il se passe quelque chose d’étrange. Tranquillement, la Place de la Bastille se remplit d’une foule qui sort des cafés. À les entendre crier, ils ne viennent pas voir le Plein Museum. Non, et on l’apprend assez vite : la France vient de gagner contre les All Blacks. Les quoi ? vous allez me demander.

Les All Blacks.

La plus redoutable équipe de rugby de l’univers connu et inconnu. Tellement effrayants qu’on les a surnommés «les deux meilleures équipes de l’univers connu et inconnu» (la sélection et les remplaçants). Tout droits venus de l’hémisphère austral pour casser des membres, ils chantent leur chant de guerre (le haka) avant d’entamer leurs adversaires. Des monstres.

Sauf que c’est la fête à Mélanie, le rugby est à des kilomètres de nos préoccupations et je ne sais rien de tout ça à ce moment-là (ou je fais l’imbécile pour vous amuser). En plus, je suis dans l’univers parallèle de la fièvre et je ne comprends pas grand chose à tous ces gens qui courent, Place de la Bastille, pour arrêter les voitures qui klaxonnent de bonheur. «Allez les bleus !» Les gars enlèvent leurs maillots, montent sur la colonne, s’aspergent de bière. La Nuit blanche vient de changer de cap.

Le rugby est une activité étrange, à mi-chemin entre sport et cérémonie. Contrairement à l’athlète surveillé qui doit retourner se coucher à 7 heures dans sa tente à oxygène pour s’entraîner le lendemain d’un match, on imagine aisément le rugbyman finissant la soirée à s’écraser des canettes de bières sur le crâne avant de se les vider dans le gosier en criant à la manière de Conan, une cuisse de vache à la main.

Certains joueurs sont vaguement gras, d’autres cultivent d’abondantes pilosités tandis qu’une partie d’entre eux retournent travailler comme dentiste après la Coupe du monde. Rien du sport professionnel qu’on connaît.

N’exagérons toutefois pas ses vertus, l’essentiel demeure tout de même de rompre les os de son adversaire pour aller déposer une pastèque derrière sa ligne. Ça n’a rien de tout à fait poétique, mais quand on pense aux irlandais qui en ont fait leur sport national alors qu’ils n’ont visiblement aucun talent, on ne peut s’empêcher d’y voir quelque chose d’épique, de chevaleresque… de beau ! Et voir la ville envahie d’ivrognes un soir de fièvre sur fond de musique techno et de maison-roulotte laide, ça donne des impressions de fin du monde.

vendredi 5 octobre 2007

Le Louvre

Je me suis récemment équipé de la carte Louvre jeunes qui permet l'accès gratuit au musée. Le projet est donc le suivant : réussir à visiter le Louvre en entier d'ici à la fin de mon séjour. Ça promet d'être difficile avec 35 000 oeuvres en exposition...

samedi 29 septembre 2007

Clochards célestes

Je lisais récemment en ligne un excellent article du New Yorker sur la publication d’On the road de Kerouac qui m’a fait repenser à ces personnages perdus dans une Amérique qui n’existe plus. Beat : le mot qui, détourné de son sens, a inspiré la génération d’après-guerre, Kerouac l’avait fait plus grave, plus Dean Moriarty que bourgeois bohème, plus destructeur.

Ces personnages qui ne réussissent pas à s’établir, en perpétuel exil, avec la route comme seule terre d’accueil, route qu’ils payent au prix de la vie stable et heureuse qu’ils cherchent au fond.

En repensant à Dean Moriarty, l’enfant perdu d’Amérique, le fêtard fini qui a trop usé le bonheur, j’ai pensé à mes clochards, ceux que je croise chaque matin.

D’abord, il y a Svlobodan, l’alcoolique assis devant le Picard (produits surgelés). Je le croise plusieurs fois par jour, je le salue, il me salue. Je lui ai demandé un jour d’où il venait. Il m’a répondu qu’il était Yougoslave. «De Serbie ?

- Yougoslave.»

Un nostalgique de Tito…

Ensuite, un peu plus loin sur Ordener, il y a les gitans. Deux enfants, un plus petit, qui doit avoir 5 ou 6 ans, un plus vieux, qui doit bien avoir 9 ans et la mère qui doit avoir l’âge de Paris. Elle ressemble à la Migrant mother de Dorothy Lange sur laquelle un camion d’années serait passé, éternel voile vert et accent de nulle part.

Sur Du Ruisseau, devant La Cave (un café sympathique dont je ne vous ai pas encore parlé), un autre a planté sa tente MSF au milieu de la place. Alcoolique, il a dû se dire que ça faisait moins loin pour aller prendre un verre en vivant à côté du bar. Il va d’ailleurs souvent au bar.

Sinon, à Sèvres Babylone (station de métro que je commence à connaître à force de passer mon temps dans les «locaux» administratifs de la Sorbonne), il y a toujours cette femme avec un enfant dans les bras. Ils ne bougent pas, comme s’ils dormaient, le visage caché, avec «J’ai faim» écrit sur un bout de carton déposé par terre. Ils ne bougent jamais. Ils sont là tous les jours. Si vous allez en direction Boulogne, vous verrez un homme et un enfant qui font la même chose. Parfois ils échangent leur quart.

Hier soir, le Samu (ambulance) est passé devant chez moi. Svlobodan était trop soûl et les ambulanciers ont dû s’occuper de lui. Ce matin, il avait les yeux vides, sa main tremblait. Il a cherché tant bien que mal dans le fond de son vieux sac de plastique. Il en a sorti une bouteille de vin qu’il a ouverte avec peine parce que ses mains s’agitaient.

Quand je suis repassé, il ne tremblait plus. Il ne regardait rien, sa bouteille à la main. J’ai repensé à Dean Moriarty et je me suis demandé ce que Svlobodan cherchait sur la route, une route qui s’était arrêtée trop longtemps devant le Picard (produits surgelés) de la rue Ordener à Paris.

Fait amusant

Dernièrement, Libération publiait un article intitulé Le Québec, terre d’accueil pour les immigrants. Il y était question des programmes d’insertion du gouvernement québécois et l’article citait une source du ministère.

Étrangement, le 11 septembre dernier, la Presse intitulait un article Le Québec, terre d’accueil aride pour les immigrants dans lequel il était question des difficultés d’intégration des immigrants au marché du travail.

jeudi 27 septembre 2007

L'Enfer vert

Étienne m'a apporté un cadeau la fin de semaine dernière. La Chartreuse, jadis utilisée comme un élixir de vitalité en a, au moins, gardé le goût de sirop. Sauf qu' avec 55 degrés bien sucrés, vaut mieux savoir le lendemain que les Tylenols, ici, s'appellent des Dolipranes.

Je dois cette merveilleuse idée au Great Gatsby et, bien sûr, à ce cher Quentin qui, dans Grindhouse, parle de «the only liquor so good they named a color after it». J'ai mal au coeur rien que d'y penser... Merci les artistes.

jeudi 20 septembre 2007

Fonctionnaires encore

Journée de paperasse aujourd'hui à l'université. Je suis passé par le pôle de relations internationales pour avoir ma carte d'étudiant (Mélanie, elle, n'avait pas tous les papiers). Au moins, les gardes en bleu nous ont laissé entrer. Après, ça a été plus compliqué parce que l'Université de Montréal n'avait pas envoyé ses dossiers encore.

Ensuite, j'ai dû passer au bureau des cartes, mais ils n'ont pas pu me faire la carte parce que je n'avais pas d'attestation de paiement de frais de scolarité. Ils m'ont donc envoyé à l'accueil qui m'a renvoyé... au bureau des cartes.

J'ai dû remonter au pôle des relations internationales parce que j'avais oublié de prendre (ou on avait oublié de me donner) l'attestation de paiement de frais de scolarité.

Rendu au bureau des cartes, on m'a envoyé à un autre bureau, plus loin pour obtenir le formulaire vert. Avec le formulaire vert, j'ai finalement pu avoir ma carte d'université (en retournant au bureau des cartes, bien sûr) !

Reste le choix de cours... là, ça se complique. Nos équivalences étant principalement en L3, mais aussi en L2 (peut-être). Nous devons nous rendre à l'UFR de Lettres modernes dans les bâtiments du 5e arrondissement ET à Malesherbes (dans le 17e) pour avoir les informations nécessaires au choix de cours qui doit se faire sur le site internet de l'université (en se présentant aux bonnes dates et en n'oubliant pas les équivalences avec les cours de l'Université de Montréal).

Avec Mélanie qui, en plus, doit faire sa carte (question, aussi, d'envoyer des formulaires à Montréal et de pouvoir avoir notre carte de séjour), je crois que nous allons devoir nous acheter une tente pour camper en Sorbonne !

dimanche 16 septembre 2007

Chassepot

Les bonshommes de Chassepot ont quelque chose d'éminemment sympathique. Jolie découverte aux Jardins du Luxembourg.



(Le vrai nom de Chasse-Pot est Paul Rancillac)

mercredi 12 septembre 2007

Du Pipi

On parle souvent de crottes de chien à Paris, mais on entend moins souvent parler d’un fait tout aussi évident : Paris sent le pipi.

Lundi soir, nous étions au Square Léon-Serpollet à côté pour profiter de la borne wi-fi (prononcé «oui-fi» ici, pas «ouaille-faille», j’ai essayé au début mais, comme je n’ai jamais réussi à me faire comprendre, je suis obligé de dire «oui-fi», même si ça ressemble à un nom de chien).

Donc, des enfants jouaient pendant que nous étions en train d’écrire nos courriels dans le parc. Nous étions assis sur un banc sous un grand arbre. Puis, derrière nous, un des enfants se met à pisser à l’abri de l’arbre. Silence.

Bah ! qu’on se dit… Un enfant qui pisse. Rien à signaler.

L’ennui c’est qu’un deuxième enfant, accompagné de sa mère celui-là, vient pisser au même endroit. Puis, un autre enfant… Et un autre… Il y avait bel et bien une toilette dans le Square mais, rien à faire, le petit parisien préfère se soulager à l’air libre.

Bon… On y songera avant de s’asseoir sur la pelouse.

Quelques minutes plus tard, en marchant sur le trottoir, une petite fille s’arrête et pisse sur le trottoir. Elle laisse une petite flaque par terre et pleure. Le pied de Mélanie se pose dans la petite flaque. «Merde !»

Pas exactement.

lundi 10 septembre 2007

Musée Rodin

Les jarins du Musée Rodin sont toujours aussi jolis...

samedi 8 septembre 2007

Le Pigeon

Il y a trois jours, un pigeon m’a foncé dessus. Ça m’a fait réfléchir. D’abord, à la vie… non, je blague.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le pigeon parisien est beaucoup moins stressé que le pigeon montréalais. En fait, en étant un peu sadique, on pourrait même lui marcher dessus. Étant donné qu’il semble y avoir énormément plus de pigeons à Paris qu’à Montréal, on pourrait sans doute se promener toute la journée à Paris sans jamais toucher le sol en marchant seulement sur des pigeons. Ça reste à voir…

À Notre-Dame, nous avons vu un homme assis au milieu d’un tas de pigeons. Il en avait sur les avant-bras et tout autour de lui. Il devait être sur les photos d’au moins dix mille japonais, et il devait connaître des centaines de pigeons. Je lui ai demandé s’il connaissait leurs noms à tous. Il a répondu «Presque». Je me demande s’il connaît celui qui m’a foncé dessus. Ça reste à voir.

Mr. Propre

La première chose qui vous frappe lorsque vous entrez dans une grande surface française, c’est à quel point tout est pareil sans réellement l’être. À l’épicerie par exemple, vous avez des allées, des affiches, des pubs, des néons, des paniers, une section fruits et légumes, une section pour les produits laitiers… tout ce qu’il y a au Québec.

N’empêche que tout est légèrement différent. Déjà, le panier est enchaîné… il faut le déverrouiller avec une pièce d’un Euro. Les fruits et légumes se ressemblent en gros à quelques détails près (le classement et les noms surtout sont différents).

C’est en s’enfonçant dans les allées que le cauchemar commence. Le Grand Lait prend la place de Natrel, le thé Lipton n’est plus pareil, la brioche se vend tranchée, même le mauvais café Van Houtte qu’on croyait éternel devient du Carte Noir.

Tout ça a quelque chose d’insécurisant. Les jingles que maman télé chantait le soir quand nous étions petits ne valent plus rien, ils ont sombré quelque part au milieu de l’Atlantique Nord pour ne nous laisser que des marques de commerce mystérieuses et inquiétantes.

Pire, ils ont même touché à la figure paternelle de la propreté, au viril homme de ménage. Monsieur Net est devenu Mister Propre... Plus rien n’est certain.

122, rue Ordener

Nous avons pris possession de l’appart mardi matin. Il a fallu prendre un taxi et se taper les bouchons sur le périphérique pour transporter nos tas de valises du XIIIe arrondissement (où était l’auberge) au XVIIIe (l’autre bout de la ville, si vous voulez).

Nous avons presque réussi à arriver à l’heure et madame Kada (la propriétaire) nous a bien accueillis.

L’appart est magnifique. Le quartier est chouette. À deux pas, il y a la vie de quartier, une laverie, une boulangerie, des tas de cafés et tout et tout. Nous sommes à une dizaine de minutes du sommet de la butte Montmartre, Place du Tertre, Sacré-Cœur, etc. Il y a un marché tout près aussi. Tout est parfait.

Le seul ennui c’est que nous n’avons pratiquement pas de meubles… Il nous manque une table, des chaises, des rideaux, du rangement… presque tout!

Arrivée

Ça fait déjà cinq jours que Mélanie et moi sommes arrivés à Paris, mais je viens de trouver une connexion Internet pour vous envoyer des nouvelles.



L’arrivée a été plutôt banale. Accueil et autobus de l’OFQJ. Groupe d’étudiants en ingénierie de Sherbrooke. Deux hippies sympathiques. Auberge correcte. Rien à signaler. Faisait un peu froid.

mardi 28 août 2007

Papiers...

Bon, j'ai encore donné l'adresse du blogue à personne, mais ça vous fera de la substance à lire au début, au moins.

J'ai enfin eu mon visa! C'est tout de même une bonne étape de franchie, étant donnée la quantité de papiers qui m'ont été demandés depuis le début. Après les équivalences, la fiche d'inscription, la lettre de recommandation, les photocopies, le certificat de naissance, 2 pièces d'identité, la carte d'assurance sociale, les signatures, le relevé de notes, le tampon de l'université (pour le Q-106), la lettre officielle de l'université d'accueil, la lettre officielle de mon université d'attache, le tampon de la RAMQ (pour le Q-106), le Q-106, encore des photocopies, 3 photos d'identité strictement identiques, 2 photos passeport signées, la lettre de prise en charge financière (avec le tampon de la banque), la preuve d'assurance, les photocopies, le passeport, la convention de l'OFJQ, deux demandes de visa de long séjour remplies, la lettre de bourse, les photocopies et encore plus de photocopies, je crois que j'ai finalement réussi à venir à bout des fonctionnaires du Québec.

Reste plus maintenant qu'à partir vers d'autres fonctionnaires...

dimanche 26 août 2007

Le Vide

Au km 162 de l'autoroute des Laurentides, après 14 km de routes de terre, sous un tas d'étoiles, le lac Pikauba s'étire au creux du vide boréal.

Avant Paris, l'immensité. Je partirai au moins la tête remplie des treize milliards d'épinettes qui séparent l'eau noire des lacs laurentiens du monde connu.

Salut tout le monde! Pour ceux qui ne le savaient pas, je m'en vais à Paris pour un an (dix mois, en fait). J'espère que ce blogue pourra vous permettre de prendre de mes nouvelles, mais n'hésitez pas à m'envoyez des vôtres si non j'aurai l'impression de soliloquer dans mon coin. À bientôt, faites tous très attention, mangez vos légumes et regardez des deux côtés de la rue avant de traverser. On se revoit à l'été 2008!